Racines gonflées, difformes, presque monstrueuses : ce n’est ni un excès d’azote ni un sol trop lourd. C’est très probablement la hernie du chou, une maladie cryptogamique causée par le champignon Plasmodiophora brassicae. Si elle frappe vos jeunes plants au printemps, la cause remonte souvent à un geste d’octobre : le semis d’un engrais vert de la même famille botanique que vos choux, sur la même planche.
Les spores de Plasmodiophora brassicae peuvent survivre dans le sol pendant 15 ans.
- La moutarde d’engrais vert et le radis fourrager appartiennent à la même famille que les choux et entretiennent la hernie et les altises.
- Les spores de Plasmodiophora brassicae survivent 15 ans dans le sol et se propagent via l’eau, les vers de terre et les outils.
- La phacélie, le seigle ou un mélange vesce-avoine remplacent sans risque la moutarde en engrais vert d’octobre.
La moutarde d’engrais vert, un cousin qui entretient la maladie
Le piège tient en une phrase : choux, navets, radis, colza, roquette et moutarde appartiennent tous aux Brassicacées. Semer de la moutarde blanche en engrais vert avant ou après une planche de choux ne casse donc rien du tout. Cela revient à prolonger la présence de la même plante hôte, au lieu de casser le cycle des maladies comme la hernie des crucifères. Résultat au printemps : les jeunes plants deviennent chétifs, se flétrissent aux heures chaudes sans réagir à l’arrosage, tandis que les racines se couvrent de nodosités.
Le radis fourrager, souvent choisi pour décompacter le sol en octobre, n’échappe pas à la règle. Toutes les crucifères étant particulièrement sensibles à diverses maladies (hernies, etc), il faut éviter de les utiliser comme cultures de couverture en rotation avec d’autres plantes de la même famille (canola, moutarde, choux, etc.). Une planche semée en radis fourrager fin septembre, puis plantée en choux au printemps suivant, coche exactement cette case à éviter.
La contamination ne demande d’ailleurs pas beaucoup d’aide pour circuler. Ses spores peuvent voyager avec les vers de terre, l’eau de ruissellement, les outils du jardinier, ou même le fumier d’animaux ayant mangé une plante infectée. Elles se plaisent particulièrement dans un sol mouillé, avec des températures comprises entre 6 et 35°C et un pH compris entre 5 et 6, une acidité fréquente dans nos jardins non chaulés. Une fois la maladie installée, aucun traitement, même bio, ne l’arrête réellement : il ne reste qu’à arracher les plants touchés.
Les altises, locataires fidèles du même engrais vert
Les feuilles criblées de petits trous ronds, elles, portent la signature des altises.
Ces minuscules coléoptères sauteurs ne s’installent pas par hasard sur une jeune planche de choux. Dans les potagers régulièrement touchés, mieux vaut éviter de semer de la moutarde comme engrais vert juste à côté ou juste avant une culture sensible de Brassicacées, car elle appartient à la même famille botanique et peut contribuer à maintenir des altises sur la zone. Le couvert d’octobre agit alors comme un garde-manger d’hiver qui entretient la population locale jusqu’au retour des beaux jours. Et le moment où les dégâts se voient le plus est justement celui des jeunes semis : les dégâts sont beaucoup plus graves sur une plante qui vient de lever ou qui possède seulement quelques feuilles.
Il y a même un revers agronomique moins connu. Les crucifères comme la moutarde ou le radis fourrager n’hébergent pas de mycorhizes et peuvent, utilisées de façon répétée et exclusive, réduire les populations fongiques mycorhiziennes du sol.
Casser le cycle : quoi semer à la place, et pour combien de temps
Respecter un délai de quatre à cinq ans entre deux cultures de crucifères suffit en temps normal ; après une attaque avérée, ce délai grimpe à huit-dix ans.
Pour l’engrais vert d’octobre, les alternatives ne manquent pas. Après des choux, mieux vaut éviter moutarde, colza et radis fourrager : la phacélie, le seigle ou un mélange vesce-avoine constituent des options plus sûres. La phacélie a l’avantage de lever vite, de bien couvrir le sol avant l’hiver, et de n’avoir aucun lien de parenté avec vos choux.
Si la terre est déjà contaminée, un rééquilibrage du sol aide aussi. Relever progressivement le pH par des amendements calcaires, dolomie ou sable coquiller allège en plus la structure du terrain.
Un dernier détail change tout sur une parcelle déjà touchée : mieux vaut éviter une jachère nue et choisir une graminée. Le ray-grass ou le dactyle sont recommandés sur un terrain contaminé, car ils provoquent la germination des spores présentes dans le sol sans leur offrir de racine de crucifère à infecter, ce qui épuise progressivement le stock de spores. C’est la seule culture, sur une planche à choux malade, qui travaille pour vous plutôt que contre vous.
Sources : tous-au-potager.fr | reussir.fr | elleadore.com