Pourriture du collet de l’oignon : reconnaître, prévenir et stocker sans perdre sa récolte

La pourriture du collet de l’oignon porte un nom savant, Botrytis allii (parfois rattaché à Botrytis aclada), et un résultat toujours identique : des bulbes qui paraissent sains à l’arrachage, puis qui ramollissent par le haut dans la remise, entre novembre et février. Le champignon s’installe par le cou du bulbe, là où les feuilles se rejoignent, et ne lâche plus rien. On peut perdre la moitié d’une récolte stockée sans avoir vu le moindre symptôme au jardin.

À retenir
  • Le Botrytis entre par le collet, là où les feuilles se rejoignent, et reste invisible à l’arrachage.
  • Un cou mou qui s’enfonce sous le pouce signale une pourriture déjà installée.
  • Une rotation de trois à quatre ans avec les alliacées limite fortement le risque dans le sol.
  • Un séchage de deux à trois semaines à l’abri de la pluie est l’étape décisive avant stockage.

Un champignon qui s’invite par le cou

Le cycle commence au champ. Les spores de Botrytis circulent dans l’air et se déposent sur les feuilles, surtout par temps humide et frais, entre 10 et 20 °C. Elles pénètrent ensuite par les blessures et, surtout, par le collet au moment où les fanes s’affaissent et que le cou reste tendre.

Le champignon progresse alors en silence dans les écailles. Il peut aussi arriver avec les semences : une partie des graines d’oignon porte le parasite, et les plants issus de ces lots peuvent être infectés dès la levée.

Les conditions de stockage font le reste.

Dans une cave trop humide ou une cagette fermée, le mycélium gris-blanc apparaît autour du collet, puis forme des sclérotes, de petites croûtes noires de 2 à 4 mm qui permettent au champignon de survivre plusieurs années dans le sol et les débris de culture. Un bulbe touché contamine ses voisins par simple contact, et la pourriture peut gagner un filet entier en quelques semaines.

Reconnaître les symptômes avant qu’il soit trop tard

Le premier signe tient dans la main : un cou mou, qui s’enfonce sous le pouce, avec une chair translucide, comme cuite à l’eau. Les écailles externes prennent une teinte brunâtre et paraissent détrempées. En coupant le bulbe en deux, on voit la zone attaquée sous le collet, bien délimitée, qui descend vers le cœur.

Plus tard, un duvet gris se développe, parfois piqueté de points noirs. L’odeur reste discrète au début, ce qui complique le tri.

Attention aux confusions. La pourriture bactérienne dégage une odeur nettement aigre et liquéfie le bulbe, tandis que la fusariose (Fusarium) attaque plutôt le plateau racinaire, par la base. Un bulbe pourri par le bas n’a donc pas le même ennemi qu’un bulbe pourri par le haut, et les remèdes diffèrent un peu.

Prévenir au potager : tout se joue avant la récolte

La prévention commence avec la rotation. Les sclérotes tenant plusieurs années dans le sol, on laisse au moins trois à quatre ans avant de replanter des alliacées (oignon, ail, échalote, poireau) au même endroit. C’est la règle la plus efficace, et la plus souvent négligée dans les petits jardins.

L’azote pèse aussi lourd. Un excès, notamment avec du fumier frais ou de la corne broyée en fin de saison, donne des cous épais et gorgés d’eau qui sèchent mal. Un oignon cultivé sur un sol correctement amendé au compost mûr, sans apport tardif, fabrique un collet fin qui se referme vite.

Côté arrosage, on coupe l’eau environ trois semaines avant la récolte. Même logique pour l’espacement : 8 à 10 cm entre bulbes sur le rang, 25 à 30 cm entre rangs, afin que le feuillage s’aère et sèche vite après la pluie.

Les plants et semences méritent un regard. Les bulbilles (« oignons-sets ») sont moins touchés que les semis, mais mieux vaut éviter de replanter des bulbes douteux de la saison précédente. Les graines certifiées bio, issues de lots contrôlés, réduisent le risque de départ.

Récolter, sécher, stocker : le trio qui sauve la saison

On arrache quand au moins la moitié à deux tiers des fanes sont couchées, par temps sec, de préférence le matin. Le piège classique consiste à plier les tiges de force pour accélérer la maturité : cela blesse le cou et ouvre la porte aux spores. Mieux vaut attendre que la plante le fasse seule.

Le séchage est l’étape décisive. Pendant deux à trois semaines, les bulbes restent à l’abri de la pluie, sur un grillage ou dans des cagettes ajourées, à l’air libre, avec les fanes attachées. Le cou est sec quand il est dur, serré, et que la tige ne laisse plus passer d’humidité sous la pression des doigts.

On ne coupe les fanes qu’à 2 ou 3 cm du bulbe, jamais au ras, pour ne pas ouvrir de plaie.

Le stockage se fait ensuite entre 0 et 5 °C avec une humidité relative d’environ 65 à 70 %, ou à défaut dans un local frais, sec et aéré, autour de 10 °C. Les bulbes ne se touchent pas trop : filets suspendus, tresses, cagettes peu remplies. Un sac plastique ou un cellier humide, c’est la recette quasi garantie du Botrytis.

Que faire quand la pourriture est déjà là

Un bulbe touché ne se soigne pas. On trie au moins une fois par mois, on retire tout oignon mou ou duveteux, et on écarte aussi ses voisins immédiats pour les consommer en priorité. Les parties saines d’un bulbe partiellement atteint se cuisinent le jour même, mais ne se conservent pas.

Et au compost ? Mieux vaut éviter d’y jeter les bulbes pourris : un tas domestique monte rarement assez haut en température pour détruire les sclérotes. Ils partent plutôt à la poubelle ou dans un composteur très chaud, suivi avec un thermomètre.

En culture bio, aucun fongicide ne vient réellement à bout du Botrytis sur oignon en cours de stockage. Les leviers restent agronomiques : rotation, sol équilibré, séchage soigné. Certaines variétés à cou fin et à maturation franche, comme beaucoup d’oignons jaunes de garde, se montrent d’ailleurs plus résistantes que les variétés douces, riches en eau, qui se conservent mal de toute façon.

Dernier détail à vérifier avant de ranger la prochaine récolte : après le nettoyage de la remise, passer un chiffon imbibé de vinaigre blanc sur les clayettes et laisser l’air circuler plusieurs jours, car les spores se logent dans les résidus de pelures de l’année précédente.