Un plant de tomates dégarni d’un coup en pleine vague de chaleur, et une semaine plus tard, les fruits verts affichent des taches blanchâtres, sèches, irréversibles. Ce n’est pas une maladie mystérieuse mais un phénomène parfaitement identifié : le coup de soleil, ou sunscald en anglais. Et le geste qui le déclenche est souvent celui qu’on croyait bienveillant : effeuiller pour « aérer » le plant.
À retenir
- Le feuillage n’est jamais « en trop » : il joue un rôle de parasol vivant indispensable
- Effeuiller d’un coup en pleine canicule expose les fruits aux brûlures du soleil en quelques jours
- Les producteurs espagnols, champions européens de la tomate, renoncent à la taille dès que les températures grimpent
Le geste qui part d’une bonne intention
L’histoire se répète chaque été dans des milliers de jardins. Face à des feuilles jaunissantes ou tachées, le réflexe est de couper large, vite, pour laisser circuler l’air. Le problème, c’est la méthode : retirer d’un coup tout le feuillage du tiers inférieur du plant, grappes comprises, en pleine vague de chaleur. Résultat ? dépouiller d’un coup tout le bas du plant en pleine canicule affaiblit la tomate et expose les fruits aux brûlures du soleil.
Les symptômes ne trompent pas. Ces brûlures se traduisent par des taches irrégulières, blanchâtres en leur centre, plus ou moins entourées d’un halo jaunâtre, légèrement déprimées, avec une texture sèche qui s’apparente à celle du papier. Une fois la marque installée, il n’y a pas de retour en arrière possible : les fruits touchés ne guérissent pas, mais on peut protéger les suivants.
Pourquoi le feuillage n’est jamais « en trop »
On imagine souvent les feuilles comme un simple obstacle à la lumière. En réalité, elles jouent un rôle de parasol vivant, et c’est précisément ce qui manque cruellement en cas de canicule. Les feuilles basses, souvent les premières touchées par les maladies cryptogamiques à cause de l’humidité et des éclaboussures de terre, peuvent partir sans risque, tandis que celles qui surplombent les grappes jouent un rôle protecteur qu’il vaut mieux préserver. la règle n’est pas « moins de feuilles, mieux c’est » mais « les bonnes feuilles, au bon endroit ».
Le même principe s’applique à un geste qu’on effectue presque par automatisme : le pincement des gourmands. Au printemps, pincer les gourmands donne de belles grappes ; en pleine canicule, ce même geste peut faire des ravages, car ces tiges secondaires et le feuillage forment un véritable parasol naturel qui protège les fruits des coups de soleil. Une pratique que les maraîchers d’Andalousie ou d’Estrémadure appliquent tacitement depuis longtemps, eux qui affrontent des étés autrement plus corsés qu’une canicule française. Un détail qui donne à réfléchir, sachant que l’Espagne est le premier producteur européen de tomates pour la consommation fraîche, avec environ 2 millions de tonnes. Si ces professionnels renoncent à la taille systématique dès que le thermomètre grimpe, il y a sans doute une leçon à en tirer pour nos potagers amateurs.
La bonne méthode, celle des maraîchers
Pas besoin de renoncer totalement à l’entretien du feuillage. La règle tient en une phrase : on ne retire que les feuilles situées sous le premier bouquet de fleurs ou de fruits, jamais au-dessus, et jamais toutes en même temps. Progressif, sélectif, jamais brutal : voilà l’esprit à retenir.
Le mode de tuteurage change aussi la donne, un point que beaucoup de jardiniers négligent complètement. Mettre les plants en cage permet de les soutenir sans nécessiter de taille, si bien que le feuillage peut continuer à ombrager les fruits, alors qu’un tuteurage classique expose davantage les fruits au soleil maximal, ce qui favorise le coup de soleil. Un simple choix de tuteurage, décidé au moment de la plantation, peut donc éviter bien des déconvenues en juillet.
Que faire si le mal est déjà fait ?
Pour les fruits déjà marqués, il reste une solution pragmatique plutôt que d’attendre l’impossible guérison : les récolter dès le stade de virage plutôt que d’attendre qu’ils rougissent complètement sur pied, exposés en permanence. Autant les cueillir un peu avant maturité et les laisser mûrir à l’intérieur que risquer de les perdre totalement.
Pour protéger les grappes suivantes, un voile d’ombrage léger fait des merveilles, à condition de respecter quelques précautions. Il faut garder au moins vingt centimètres entre la protection et le feuillage, et retirer ou ouvrir l’installation quand la température redescend. Attention toutefois à ne pas transformer la solution en problème : un tissu posé directement sur le feuillage bloque l’air et transmet la chaleur. Cette protection ne doit rester que temporaire, car un ombrage permanent et trop dense ralentit la croissance et peut réduire la récolte.
L’arrosage compte tout autant que l’ombrage dans cette équation. Mieux vaut arroser lentement au pied, tôt le matin, plutôt que mouiller les feuilles en plein soleil, car un arrosage superficiel encourage des racines paresseuses et vulnérables. En période de forte chaleur, un arrosage plus tardif dans la journée peut aussi s’avérer judicieux : en cas de canicule, mieux vaut privilégier un arrosage le soir, après le coucher du soleil, pour que les tomates soient hydratées tout au long de la nuit. Un plant bien hydraté résiste toujours mieux au stress thermique qu’un plant assoiffé, feuillage ou pas.
Une chose est sûre : la tentation d’intervenir dès les premiers signes de faiblesse du feuillage reste forte chez tout jardinier soucieux de bien faire. Mais en pleine canicule, le sécateur mérite d’attendre que le thermomètre redescende, quitte à laisser quelques feuilles jaunies quelques jours de plus. Les fruits, eux, vous diront merci.
Sources : masculin.com | masculin.com