Le 14 octobre, il reste une fenêtre. Dans la majeure partie de la France, on peut encore semer de la moutarde blanche, de la phacélie ou du seigle jusqu’à la mi-octobre, voire début novembre dans le Sud et sur la façade atlantique. Passé cette date, seuls quelques engrais verts rustiques gardent leur chance.
Le calendrier des semis d’engrais verts repose sur une règle simple : la plante doit couvrir le sol avant que le gel ou la baisse de luminosité ne la bloque. Une graine semée trop tard germe mal, reste chétive et ne protège rien.
- La moutarde blanche se sème jusqu’à fin septembre, à 2 à 3 g/m².
- La féverole se sème d’octobre à novembre et supporte des gels jusqu’à -10 °C.
- Un engrais vert se détruit avant la formation des graines, dès les premières fleurs.
- Une bonne couverture de légumineuses restitue 50 à 100 unités d’azote par hectare.
Semis d’été et d’automne : le gros de la saison
La période de référence va de juillet à fin septembre, dès qu’une planche se libère après les pommes de terre précoces, les oignons ou les petits pois. La moutarde blanche lève en quatre à cinq jours et couvre le sol en un mois, ce qui en fait la championne des semis de rattrapage. Elle se sème jusqu’à fin septembre, à raison de 2 à 3 g au mètre carré.
La phacélie, elle, se contente de 1,5 à 2 g/m² et tolère les sols pauvres ou caillouteux. Ses fleurs bleu-violet attirent les syrphes, dont les larves dévorent les pucerons, et les abeilles en raffolent jusqu’aux premières gelées.
Les céréales prennent le relais en octobre. Le seigle, semé de septembre à novembre à 15 à 20 g/m², germe encore à 2 °C et forme un feutrage racinaire dense qui retient les nitrates avant les pluies d’hiver.
Les légumineuses, vesce velue, féverole, trèfle incarnat, fixent l’azote de l’air grâce à leurs nodosités racinaires. La féverole se sème d’octobre à novembre, en poquets espacés de 10 cm environ, et supporte des gels jusqu’à -10 °C. La vesce se marie bien avec le seigle, qui lui sert de tuteur.
Associer plutôt que semer seul
Les mélanges donnent de meilleurs résultats que les espèces isolées, parce que chaque plante travaille à une profondeur différente. Un duo vesce-avoine, vendu en sachets prêts à l’emploi par la plupart des semenciers bio, combine fixation d’azote et structure racinaire.
Un point de vigilance concerne les rotations. La moutarde appartient aux crucifères, comme les choux, radis et navets : la semer avant une culture de choux entretient la hernie du chou, une maladie du sol qui persiste plus de dix ans. Devant une planche de choux, mieux vaut choisir phacélie ou seigle.
La phacélie, famille des hydrophyllacées, n’a aucun lien de parenté avec les légumes du potager.
Les légumineuses posent le problème inverse. Elles sont à éviter avant des pois ou des haricots, qui partagent leurs maladies, mais conviennent très bien avant des tomates, des courges ou des poireaux, gros consommateurs d’azote.
Semis de printemps : un autre usage
À partir de mars-avril, on sème des engrais verts sur les planches qui attendront jusqu’en juin. Trèfle blanc, sarrasin ou avoine de printemps occupent le terrain pendant les semaines creuses. Le sarrasin, semé dès que le sol dépasse 12 °C, couvre le sol en six semaines et étouffe les adventices comme le chiendent.
Le trèfle blanc convient aux allées et aux cultures pérennes, par exemple sous les arbres fruitiers ou entre les rangs de fraisiers. Il se sème de mars à septembre et reste en place plusieurs années.
Pour les sols très compactés, la luzerne et le radis fourrager (ou radis chinois) font office de décompacteurs naturels. Leurs pivots descendent à plus d’un mètre pour la luzerne, et le radis laisse en pourrissant des galeries qui aèrent le sol en profondeur.
Détruire sans labourer : le bon moment
Un engrais vert se détruit avant la formation des graines, sinon il devient une adventice. Pour la moutarde, on intervient dès les premières fleurs, soit sept à dix semaines après le semis. La gelée suffit souvent à la détruire d’elle-même : phacélie, sarrasin et moutarde ne passent pas l’hiver.
On les couche au rouleau ou à la fourche, on les broie à la tondeuse puis on laisse les résidus en paillage, sans enfouir profondément. Le seigle et la vesce, rustiques, se fauchent au printemps, au stade début épiaison pour le seigle. Il faut ensuite attendre deux à trois semaines avant de planter ou de semer derrière lui, car il libère des substances qui freinent la germination des petites graines.
Les chiffres donnent de l’ampleur au geste. Selon les références de l’agriculture biologique, une bonne couverture de légumineuses restitue entre 50 et 100 unités d’azote par hectare, soit 5 à 10 g/m². Sur une planche de 10 m², cela représente l’équivalent de plusieurs poignées d’engrais organique, sans rien acheter.
La facilité de la méthode a un revers : le sol nu, lui, perd. Sous les pluies d’automne, il lessive des nitrates et se tasse, alors qu’une couverture végétale amortit les gouttes et nourrit les vers de terre.
Dernier détail pratique : un semis d’engrais vert se rate rarement, mais il demande un sol frais. Arrosez après le semis si la pluie tarde, et griffez légèrement pour recouvrir les graines. Gardez un sachet de seigle en réserve, car certaines années d’automne doux, on peut encore semer jusqu’à la mi-novembre en zone océanique.