Une rhubarbe bien installée peut rester au même endroit plus de dix ans, parfois quinze. Mais elle ne donne le meilleur de ses tiges que pendant les 8 à 10 premières années environ, avec des écarts selon le sol, le climat et l’entretien. Passé ce cap, la souche s’épuise : tiges plus fines, centre qui se dégarnit. Le remède le plus fiable consiste à la diviser pendant le repos de végétation, en automne ou à la fin de l’hiver. Déplacer la souche entière reste possible, mais c’est plus lourd et rarement plus efficace.
Durée de vie d’une rhubarbe et signes d’épuisement de la souche
La rhubarbe est une vivace à rhizome épais, garni de racines charnues qui stockent les réserves de l’hiver. Rien n’impose sa disparition au bout de quelques années : dans de vieux jardins, on trouve des touffes plantées par les grands-parents. La plupart des sources horticoles, la Royal Horticultural Society en tête, recommandent pourtant de relever et diviser la touffe tous les 5 à 10 ans environ, avant qu’elle ne s’épuise. La fourchette est large, car un sol profond, frais et riche en matière organique repousse l’échéance, quand un terrain sec ou pauvre l’avance.
Premier symptôme : les tiges maigrissent. Une souche en forme donne des pétioles charnus, épais comme un pouce ou davantage. Une souche fatiguée en produit beaucoup, mais grêles, parfois de la grosseur d’un crayon. Deuxième symptôme, plus parlant : le centre de la touffe. Avec les années, le rhizome se développe en périphérie et le cœur, vieux et ligneux, s’appauvrit. On observe alors un cercle de bourgeons autour d’un milieu quasi vide, avec des départs de végétation tardifs et moins vigoureux.
Encore faut-il écarter les fausses pistes. Des tiges fines peuvent venir d’un manque d’eau au printemps, d’un sol tassé qui bride les racines, d’une carence en azote (feuillage pâle, croissance molle) ou d’une plante qui fleurit et dépense son énergie dans la hampe. Ces cas se corrigent sans toucher à la souche. Un test simple : au printemps, apportez 3 à 5 cm de compost mûr autour du pied, arrosez à la demande pendant la pousse et supprimez les hampes florales. Si les tiges restent grêles et que le centre est toujours vide à l’automne, l’âge est le coupable.
Trois options se présentent alors. Laisser en place si la touffe reste vigoureuse. Diviser sur place si elle faiblit mais que l’emplacement convient. Déplacer si l’emplacement lui-même pose problème : ombre gagnée par un arbre, sol qui retient l’eau, potager remanié. Pour le choix initial du lieu, quel est le meilleur endroit pour planter un pied de rhubarbe ? détaille les critères.
Diviser une vieille souche pas à pas
La période compte plus que le geste. On divise pendant le repos végétatif : de la fin octobre à décembre, dès que le feuillage a flétri, ou en février-mars, avant que les gros bourgeons rouges ne s’allongent. Évitez les sols gelés ou gorgés d’eau. Dans les régions aux hivers rudes, l’option de fin d’hiver laisse moins de temps au froid pour abîmer les coupes fraîches. Dans le Sud-Ouest ou sur la façade atlantique, l’automne, sol encore tiède, favorise un bon départ des racines. Jamais en plein été, quand la plante est en pleine activité ou en stress hydrique.
Côté matériel, une bêche-fourche, une bêche bien affûtée (ou un couteau à lame solide pour les coupes fines), une brouette, du compost bien décomposé. Dégagez la touffe en creusant en cercle à 25-30 cm du centre, puis soulevez la souche par leviers successifs. Elle pèse lourd, parfois 15 à 20 kg sur un pied de dix ans, mais les racines charnues sont fragiles : on évite de tirer sur les feuilles ou les tiges.
Posée sur une bâche, la souche se lit comme une carte. Rincez-la au jet pour repérer les bourgeons, ces gros yeux dodus rosés ou rouges au sommet du rhizome. Écartez le cœur ligneux et sec, qui ne repartira pas bien : on le jette au compost. Tranchez ensuite d’un coup net, en visant des éclats de la taille d’un gros poing, avec 1 à 3 bourgeons bien formés. Un éclat doit au minimum porter un bourgeon sain et un morceau de racine charnue ; en dessous de la taille d’une noix, la reprise devient aléatoire. Un pied de 8 ans donne en général 3 à 6 éclats exploitables, mais il vaut mieux peu de beaux éclats que dix vignettes.
Replantez sans attendre, ou emballez les éclats dans un sac humide à l’ombre pour 24 à 48 heures au plus. Creusez un trou large (40 cm environ) et profond d’une bêche, ameublissez le fond, ajoutez une bonne pelletée à un seau de compost mûr bien mélangé à la terre : un compost frais brûlerait les racines. Posez l’éclat de façon que le collet affleure la surface ou se trouve à 2 ou 3 cm au-dessous au maximum. Enterré plus profond, il pourrit ou végète. Tassez doucement, arrosez copieusement pour chasser les poches d’air, puis paillez de 5 cm de paille ou de tonte sèche, en dégageant le centre. Entre deux pieds, comptez de 90 cm à 1 m : les feuilles d’un pied adulte couvrent près d’un mètre de diamètre. Pour la distance à un arbre et l’arrosage, où et quand la planter, arrosage et distance à un arbre répond au cas par cas.
Déplacer, diviser ou laisser : le tableau de décision
Peut-on déplacer un pied adulte entier ? Oui, à la même période de repos et avec les mêmes précautions. On creuse large, on garde une motte épaisse, on replante au même niveau. Seulement, une grosse souche cassée au transport perd des racines charnues, donc des réserves, et le cœur vieilli est replanté avec le reste. C’est pourquoi la division l’emporte presque toujours : elle ne garde que les meilleurs morceaux.
| Situation | Aspect des tiges et du centre | Décision |
|---|---|---|
| Souche de moins de 5 ans, bien placée | Tiges épaisses, centre plein | Laisser en place, pailler et fumer |
| Souche de 6 à 10 ans, bon emplacement | Tiges qui s’amincissent, centre qui se creuse | Diviser et replanter sur place (sol renouvelé) |
| Souche de plus de 10 ans | Tiges grêles, cœur ligneux | Diviser, ne garder que les éclats périphériques |
| Emplacement devenu inadapté (ombre, eau stagnante) | Peu importe | Diviser et replanter ailleurs |
| Jeune souche à déplacer pour un réaménagement | Vigoureuse | Déplacer en motte, sinon diviser en 2 ou 3 |
Replanter au même endroit après division demande de renouveler la terre du trou ou de l’enrichir copieusement, car la rhubarbe y a consommé des années de fertilité. Un nouvel emplacement évite ce travail. Pour choisir les voisins du nouveau site, quelles plantes associer, framboisier compris évite les mauvaises surprises.
Après l’opération : reprise, récolte et calendrier sur dix ans
L’année de la division ou du déplacement, on ne récolte pas, ou presque pas. La plante reconstitue ses réserves, et chaque tige cueillie freine son enracinement. Beaucoup de jardiniers s’accordent sur une première saison sans récolte, suivie d’une récolte légère la deuxième année, en ne prélevant que quelques tiges par pied. Le rendement complet revient à la troisième saison.
L’entretien de reprise tient en trois gestes. L’arrosage d’abord : le sol doit rester frais, sans détrempe, surtout au printemps de la reprise et pendant les semaines sèches. Le paillage ensuite, à renouveler chaque année. La fertilisation enfin : une couche de compost mûr ou de fumier bien décomposé à la fin de l’hiver suffit.
Les ratés viennent presque toujours des mêmes erreurs :
- Collet enterré trop profond : les bourgeons pourrissent ou restent endormis.
- Éclat trop petit : reprise lente, voire échec, et plusieurs années sans récolte.
- Division en plein été : la plante en feuilles ne supporte pas la coupe ni la sécheresse.
- Sol détrempé à la plantation : les racines charnues asphyxiées pourrissent.
Pour garder une touffe productive sans y penser, voici un calendrier simple. Années 1 et 2 : plantation, pas de récolte puis récolte légère. Années 3 à 8 : récolte complète, paillage et compost chaque hiver, hampes supprimées. Années 8 à 10 : observation attentive des signes de fatigue. Dès l’année 8 à 10, ou plus tôt si les tiges s’amincissent, division à l’automne ou en fin d’hiver, puis le cycle repart avec les éclats.
Questions fréquentes
Combien de temps vit un pied de rhubarbe ? Souvent plus de dix ans, parfois quinze ou davantage. Sa pleine productivité se situe plutôt dans les 8 à 10 premières années.
Quand faut-il diviser un pied de rhubarbe ? En repos végétatif : de fin octobre à décembre, ou en février-mars avant le départ des bourgeons, hors gel et hors sol détrempé. Sinon, dès que les tiges deviennent fines et que le centre se creuse, souvent entre 5 et 10 ans.
Comment diviser une vieille souche ? On la déterre, on la rince, on écarte le cœur ligneux, puis on la découpe d’un coup net en éclats gros comme un poing, chacun avec 1 à 3 bourgeons. On replante le collet au niveau du sol, dans un sol enrichi en compost mûr.
Peut-on déplacer un pied adulte ? Oui, en repos de végétation et avec une grosse motte. C’est plus lourd et plus risqué que la division, qui reste la méthode la plus simple pour rajeunir.
Pourquoi ma rhubarbe donne-t-elle des tiges fines ? Âge de la souche, mais aussi manque d’eau, carence, sol tassé ou montée en fleur. Testez d’abord ces causes avant de diviser.
Faut-il récolter l’année de la division ? Non, ou très peu. Mieux vaut laisser la plante reconstituer ses réserves pendant la première saison.
Les éclats en trop se gardent quelques jours à l’ombre dans un sac humide, le temps de les offrir à un voisin. Et pour intégrer ces nouvelles touffes à un coin de petits fruits, planter un figuier, un kiwi, des framboisiers et de la rhubarbe vous guide dans l’agencement du jardin.