Une laitue qui monte en graine allonge brusquement sa tige pour fleurir, poussée par la chaleur et les journées longues. Elle reste comestible, mais ses feuilles deviennent amères, parfois jusqu’à l’inconfort quand on les mange crues. Le choix de la variété, la date de semis et l’arrosage permettent de repousser ce moment de plusieurs semaines.
Une tige florale peut dépasser un mètre de haut.
- La laitue monte en graine quand les jours dépassent seize heures de lumière, accélérée par des températures entre 25 et 30 °C.
- Les feuilles restent comestibles mais développent une amertume atténuée par le trempage froid ou la cuisson.
- Les variétés d’été comme la Reine des glaces et un arrosage régulier avec paillage retardent la montée de plusieurs semaines.
Pourquoi la laitue monte
La laitue est une plante de jours longs : au-delà d’un certain seuil de lumière, elle cesse de fabriquer des feuilles pour préparer ses fleurs. Autour du 21 juin, Paris reçoit plus de seize heures de jour, et le signal part sans qu’il y ait besoin de canicule. La chaleur accélère ensuite le mouvement : entre 25 et 30 °C, la hampe peut se dresser en quelques jours. Une laitue semée en mai et exposée au soleil de l’après-midi monte souvent avant que sa pomme soit formée.
Le stress précipite le calendrier : sécheresse, sol tassé, repiquage tardif d’un plant resté trop longtemps en godet. Une laitue arrivée à maturité et oubliée au jardin monte aussi plus vite qu’une jeune.
Peut-on encore la manger ?
Oui, elle n’a rien de toxique. L’amertume vient du latex blanc qui perle à la coupe de la tige, riche en lactucine et en lactucopicrine, des lactones sesquiterpéniques. Leur concentration grimpe à mesure que la tige s’allonge : les feuilles cueillies au premier signe de montée sont bien plus douces que celles d’une plante déjà fleurie.
Les feuilles encore tendres du cœur se mangent crues après une demi-heure de trempage dans l’eau froide, qui atténue un peu l’amertume. Pour les plus fermes, la cuisson fait le travail : braisées au beurre avec des petits pois, dont le sucre compense l’amer. En velouté, avec une pomme de terre et un oignon, elles se mixent après quinze minutes de mijotage. Les feuilles coriaces et franchement âcres, elles, vont au compost.
La tige se mange aussi tant qu’elle reste tendre. Épluchée, coupée en rondelles, elle passe à la vapeur ou à la poêle.
Il existe même une laitue cultivée uniquement pour sa tige : la laitue-asperge.
Quand la tige durcit et que les premiers capitules jaunes s’ouvrent, la plante ne vaut plus la cuisine. Arrachez-la avant que les graines à aigrette se forment, sinon le potager se couvre de laitues spontanées. Gardez un seul pied si vous voulez récolter vos semences. La laitue étant autogame, ses graines donnent des plants fidèles à la variété et restent viables trois à cinq ans.
Comment l’éviter
Tout se joue d’abord dans le choix de la variété. Les laitues de printemps, comme la Reine de mai, montent vite dès que les jours rallongent, alors que des variétés réputées tolérantes à la chaleur, telles que la Reine des glaces ou la Kagraner Sommer, tiennent mieux l’été. Un semis échelonné toutes les deux semaines, de mars à août, évite de crouler sous cent salades le même jour.
Au-dessus de 25 °C, les graines de laitue entrent en dormance et germent mal. Par temps chaud, gardez-les une nuit au réfrigérateur entre deux papiers humides, puis semez en soirée, à l’ombre d’un rang de tomates ou sous un voile d’ombrage.
Un paillage de tonte sèche ou de paille garde le sol frais et régule l’humidité. Arrosez au pied, copieusement mais moins souvent, de préférence le matin. Un filet d’ombrage posé dès que les températures dépassent 28 °C retarde la montée de plusieurs jours. Espacez les plants d’environ 25 cm, car une laitue à l’étroit se stresse et monte plus tôt.
Début octobre, c’est le moment de semer sous châssis ou en tunnel des laitues d’hiver comme la Merveille des quatre saisons, qui passeront la mauvaise saison sans monter. Le risque revient au printemps, dès les premiers jours à plus de 20 °C, quand ces salades d’automne filent vers la floraison : mieux vaut les récolter dès que la pomme est formée.