Des cercles concentriques brun sombre, presque parfaits, qui apparaissent d’abord sur les feuilles du bas du plant : ce n’est pas la sécheresse qui frappe vos tomates, c’est un champignon. L’alternariose, aussi appelée mildiou précoce, s’installe précisément dans les conditions inverses du manque d’eau, humidité stagnante et chaleur, et arroser davantage revient à lui dérouler le tapis rouge.
À retenir
- Ce champignon invisible aime exactement l’opposé de ce que vous pensez
- Un seul geste d’arrosage peut transformer votre parcelle en nurserie de spores
- Une solution mécanique simple suffit à arrêter la progression en quelques jours
Le vrai coupable : un champignon qui aime les vieilles feuilles
Les premiers signes apparaissent généralement sur les feuilles les plus basses : des taches brunes arrondies, souvent cerclées de lignes concentriques formant une sorte de cible. Ce motif en cible, presque graphique, est la signature de deux espèces proches, Alternaria tomatophila et Alternaria solani, qui s’attaquent aussi bien à la tomate qu’à la pomme de terre ou à l’aubergine.
Le détail qui trompe beaucoup de jardiniers : contrairement au mildiou, qui en outre ne provoque pas de taches d’aspect concentrique, l’alternariose attaque en premier lieu les feuilles âgées. Logique quand on sait que les feuilles les plus vieilles ont tendance à devenir plus sensibles à l’infection en vieillissant et en sénescant. Si la maladie progresse sans être maîtrisée, les dégâts ne s’arrêtent pas au feuillage : les dégâts les plus graves concernent les fruits, l’alternariose provoquant des taches brunes dures qui s’étendent en pourriture. Autant dire qu’il vaut mieux réagir dès l’apparition des premiers ronds bruns plutôt qu’attendre de voir le problème grimper vers les grappes.
Pourquoi l’eau n’a rien à voir (et pourquoi en rajouter aggrave tout)
La confusion vient d’un raccourci logique : feuilles brunes en juillet, sous la canicule, on pense immédiatement à la soif. Mais le mécanisme est exactement inversé. La défoliation peut être parfois sévère et rapide lors de conditions prolongées de mouillure des feuilles et des températures élevées. Le champignon ne craint pas la chaleur en soi, il exploite l’humidité qui l’accompagne, rosée du matin, arrosage du soir, feuillage qui reste détrempé plusieurs heures.
Côté conditions de développement, les chiffres sont parlants : les spores peuvent germer entre 8°C et 32°C environ et ont besoin d’eau libre ou d’une humidité relative de 90% ou plus. Et une fois les spores en place, tout va vite : elles infectent les plantes et forment des taches sur les feuilles d’à peine 3 millimètres de diamètre en aussi peu que cinq jours. Arroser davantage, ou pire, arroser le feuillage plutôt que le pied, revient donc à multiplier les fenêtres d’humidité pendant lesquelles le champignon germe et colonise de nouvelles feuilles. C’est la pire réponse possible face à un symptôme qu’on croit lié à la sécheresse.
Le mode de contamination initial confirme ce constat : les feuilles basses sont infectées lorsqu’elles entrent en contact avec un sol contaminé, soit par contact direct, soit lorsque des gouttes de pluie ou d’arrosage projettent de la terre sur les feuilles. Un arrosage au tuyau, en pluie fine sur tout le plant, est exactement le geste qui recharge le feuillage en spores venues du sol.
Les bons gestes, dès maintenant
La première chose à faire est mécanique, pas chimique. Retirer toutes les feuilles atteintes en dessous de la première tache infectée stoppe la progression de la maladie vers le haut et supprime les foyers d’infection primaires. Ces feuilles ne doivent surtout pas finir au compost : il faut les jeter dans des sacs fermés ou les brûler, sans les composter.
Vient ensuite la question de l’arrosage, justement. Le bon réflexe est simple : éviter d’arroser le feuillage et privilégier un arrosage au pied des plants. Un paillage épais complète utilement le dispositif, puisqu’il limite les éclaboussures de sol contenant des spores fongiques. Pour les cultures sous abri, l’aération reste la meilleure arme : comme pour le mildiou, l’abri à tomates ou la serre reste la meilleure protection.
Si la pression de la maladie est déjà forte, un traitement au cuivre en usage raisonné peut freiner la progression, en application préventive plutôt que curative une fois les taches bien installées. En parallèle, certains jardiniers bio testent des solutions plus douces : le bicarbonate de soude en mélange avec du savon noir peut être testé, ainsi que la prêle en décoction. Ces alternatives n’égalent pas l’efficacité du cuivre sur une attaque avancée, mais elles ont l’avantage de ne pas perturber la vie du sol.
Casser le cycle pour l’année prochaine
L’alternariose n’est pas un accident isolé, c’est un champignon qui s’installe durablement dans votre parcelle. Le champignon Alternaria solani survit dans le sol et les débris végétaux pendant deux ans ou plus, ce qui rend la rotation des cultures essentielle : il ne faut pas planter de tomates ou de poivrons au même endroit pendant au moins deux ans. C’est souvent le point que les jardiniers amateurs négligent le plus, faute de place au potager, alors que c’est probablement le levier le plus efficace sur le long terme.
Autre piste à anticiper dès l’achat des plants : des variétés résistantes à l’alternariose sont facilement disponibles, et comme cette maladie est très fréquente, les jardiniers ont intérêt à s’orienter vers elles. Un détail rassurant à connaître si vos fruits sont déjà touchés en surface : si l’alternariose n’affecte que le feuillage, les fruits restent parfaitement comestibles, et même en cas de petites taches directement sur le fruit, il est possible de simplement les découper avant consommation. Seuls les fruits sévèrement atteints, à la texture coriace et noircie, doivent être jetés. De quoi relativiser la panique de juillet, sans pour autant relâcher la surveillance jusqu’aux dernières récoltes de septembre.
Sources : ephytia.inra.fr | ephytia.inrae.fr