Deux fois plus de chenilles au printemps qu’à l’automne précédent : le chiffre paraît absurde, mais il s’explique par un détail que beaucoup de jardiniers ignorent. La bande de carton ondulé n’a rien piégé de mal. Elle a simplement été laissée en place trop longtemps, transformant un outil de capture en abri d’hivernage parfaitement protégé pour les chrysalides du carpocapse, ce fameux « ver de la pomme et de la poire ».
À retenir
- Un piège qui se transforme silencieusement en refuge hivernal protégé
- Comment le même carton peut couver des générations entières sans qu’on s’en aperçoive
- Le calendrier précis que les professionnels gardent secret pour vraiment éliminer l’infestation
Un piège qui imite trop bien la nature
Le principe du carton ondulé repose sur un comportement précis de l’insecte. Une fois éclose, la chenille pénètre dans la pomme et s’y nourrit pendant plusieurs semaines, laissant derrière elle des galeries brunes et des excréments caractéristiques. Arrivée à maturité, la larve quitte le fruit, souvent tombé au sol, pour chercher un endroit abrité où filer son cocon. Naturellement, elle se dirige vers les fissures de l’écorce, à la base du tronc.
C’est exactement ce réflexe que la bande de carton détourne. La larve descend le long du tronc et cherche une anfractuosité, une crevasse dans l’écorce, pour s’installer. C’est son instinct de survie. La bande de carton ondulé va tout simplement lui offrir un abri, un leurre parfait qu’elle ne pourra pas refuser. Le papillon adulte, le fameux Cydia pomonella, ne mesure que 15 à 22 mm d’envergure, mais sa larve peut causer des dégâts considérables sur tout un arbre en une seule saison.
Le hic, c’est que ce piège fonctionne pour deux usages bien distincts selon la saison. La bande va servir de refuge aux larves qui pourront s’y loger pour effectuer leur nymphose en cours de saison ou pour tisser leur cocon pour passer l’hiver, en fin de saison. Le même bout de carton attire aussi bien les larves d’été, qui vont juste s’y transformer en chrysalides avant de redevenir papillons quelques semaines plus tard, que les larves de fin de saison, qui viennent y passer tout l’hiver.
Pourquoi le piège a doublé la population de chenilles
Voilà le nœud du problème : une bande posée en juin et jamais relevée devient, sans qu’on s’en aperçoive, un hôtel cinq étoiles pour l’insecte. Lors de leur descente après leur festin, les larves vont se blottir dans les ondulations du carton pour y trouver la chaleur et y passer l’hiver. Sur une écorce nue, ces mêmes chrysalides restent exposées au gel, à l’humidité et surtout aux prédateurs naturels : mésanges, pics et autres insectivores qui picorent l’écorce en hiver. Dans le carton, elles sont protégées de tout cela, à l’abri du bec et du froid.
Le résultat logique, c’est une survie hivernale bien supérieure à la moyenne. Une bande oubliée ne piège plus rien, elle couve. Et au printemps suivant, les larves se transforment en chrysalides entre la mi-avril et la fin mai et les premiers adultes émergent durant la floraison, directement depuis le tronc de l’arbre, à quelques centimètres des futures fleurs et futurs fruits. Pire : selon les régions, le carpocapse complète une génération par année et certains individus auront une deuxième génération lors de saisons chaudes, ce qui veut dire que les rescapés de l’hiver peuvent lancer un cycle qui se répète deux fois dans la même saison.
C’est là que se cache l’erreur classique : poser la bande au bon moment, puis oublier de la retirer avant que le froid ne s’installe. Une bande de carton posée sans suivi ne sert à rien : elle doit être inspectée régulièrement, idéalement toutes les deux semaines, puis retirée avant l’hiver ou au tout début du printemps suivant. Un carton laissé en place tout l’hiver sans jamais être ouvert ni détruit n’est plus un piège, c’est une pouponnière.
Le bon calendrier pour que le piège reste un piège
La fenêtre de pose la plus citée par les professionnels se situe entre fin mai et début juin, quand les premières larves de la génération estivale commencent leur descente vers le sol. Fin mai, début juin, c’est le moment de mettre en place les bandes de carton ondulé contre l’écorce des troncs des fruitiers : pommiers, poiriers, pruniers. La bande se positionne à une vingtaine de centimètres du sol, cannelures contre l’écorce, et se fixe fermement sans étrangler le tronc.
Le geste qui change tout, c’est la fréquence de contrôle. Vérifiez les bandes tous les 15 jours pour garantir leur efficacité. Chaque inspection permet de repérer les larves logées dans les cannelures et de les détruire avant qu’elles ne se transforment. Périodiquement, les bandes de carton sont retirées et détruites, souvent brûlées, éliminant ainsi les larves et les chrysalides avant qu’elles ne puissent se transformer en adultes et perpétuer le cycle de l’infestation.
Le retrait final, lui, ne doit surtout pas attendre le printemps. Il faut retirer les bandes fin août ou début septembre, juste avant la récolte. Dans les régions aux automnes doux, une troisième génération reste possible : avec le changement climatique, il arrive désormais que l’automne soit particulièrement doux, favorisant un troisième cycle pour le carpocapse. Dans ce cas on réalisera une troisième pose qu’on retirera fin octobre. Autre piège à éviter, celui du compost : le compost n’atteint pas une température suffisante pour tuer les larves ou les chrysalides du carpocapse. En jetant les bandes au compost, on risque de contaminer le jardin pour l’année suivante. Seule la destruction par le feu, ou à défaut un passage au congélateur avant élimination, garantit que la bande ne redevienne pas, au printemps, une source de chenilles bien plus nombreuse qu’à l’automne.
Source : lase.fr