Ce collet vert, dur comme un noyau sous la peau, n’a rien à voir avec un manque de lumière. C’est même souvent l’inverse : trop de chaleur, associée à un déficit en potassium, bloque la formation du pigment rouge dans cette zone précise du fruit. Le phénomène porte un nom en agronomie : le collet vert, ou collet jaune quand il jaunit légèrement en vieillissant.
À retenir
- Pourquoi le soleil intensifie le problème au lieu de le résoudre
- Le rôle caché du potassium que les jardiniers oublient
- Comment les racines deviennent littéralement incapables d’absorber les nutriments en cas de chaleur extrême
Un désordre physiologique, pas une maladie
Première bonne nouvelle : votre tomate n’est pas malade. Il ne s’agit pas à proprement parler d’une maladie, mais plutôt d’un désordre physiologique. Rien de contagieux, rien qui menace le reste du plant. Le fruit mûrit normalement partout… sauf sous le pédoncule, où le collet vert s’explique par une mauvaise décomposition, ou une dégradation trop lente de la chlorophylle.
Le mécanisme est bien documenté par la recherche horticole nord-américaine. Les températures élevées retardent, voire empêchent, la production du pigment rouge appelé lycopène. Comme l’épaule du fruit est le plus souvent exposée directement aux rayons chauffants du soleil, le déficit en lycopène y apparaît en premier, donnant cette coloration jaune-vert qui contraste avec le rouge éclatant du reste de la tomate. la partie la plus exposée au soleil est justement celle qui souffre le plus. C’est tout le contraire de l’intuition « plus de soleil, plus de rouge ».
Une étude récente sur les mécanismes cellulaires confirme que ce n’est pas un simple retard. L’analyse ultrastructurale révèle que ce trouble affecte l’agrandissement des cellules très tôt dans le développement du fruit, ce qui en fait un processus de développement altéré plutôt qu’un mûrissement paresseux. Concrètement, une fois les cellules touchées, aucun temps supplémentaire sur le plant ne rattrapera la couleur perdue. Une tomate raisin qui gagnerait à être connue pour son bon sens paysan : couper le collet et manger le reste, sans complexe.
Le potassium, grand oublié de la fertilisation
Si la chaleur allume la mèche, le potassium détermine souvent l’ampleur des dégâts. Les tomates présentant un collet jaune sont le plus souvent carencées en potassium. Quand les niveaux de potassium dans les tissus de la plante chutent d’un taux correct (4 à 6 %) à un taux faible (2 à 3 %), le collet jaune survient fréquemment, surtout par fortes températures. Un chiffre qui remet les pendules à l’heure : ce n’est pas une carence spectaculaire qui déclenche le problème, mais un simple passage sous un seuil relativement modeste.
Le lien entre chaleur et potassium est même plus retors qu’on ne le pense. Des travaux récents ont montré que la chaleur peut affamer la plante en potassium même quand le sol en contient assez. Des études récentes ont identifié les mécanismes moléculaires derrière la carence en potassium induite par la chaleur : quand la température de la zone racinaire dépasse 35°C, le stress thermique diminue la concentration de KT1, la principale protéine de transport du potassium dans les racines. Quand les racines sont trop chaudes, les plantes ne peuvent tout simplement plus accéder au potassium pourtant présent dans le sol. Vos racines cuisent littéralement dans un sol noir en plein soleil d’août, et le potassium, pourtant disponible, reste hors de portée.
D’autres facteurs viennent brouiller les pistes : un excès d’azote, un sol compacté ou détrempé, ou même un excès de calcium et de magnésium qui font concurrence au potassium pour l’absorption racinaire. Les cas sévères de mûrissement irrégulier et de collet jaune sont le plus souvent associés à des facteurs qui limitent l’apport de potassium aux fruits en développement : sols détrempés et/ou compactés, apports de potassium insuffisants, apports d’azote excessifs, application excessive de compétiteurs du potassium, et couverts foliaires trop denses.
Une histoire de variétés autant que de climat
Certaines tomates sont génétiquement prédisposées à ce défaut, indépendamment de tout ce que vous ferez au jardin. Les variétés qui présentent des épaules vertes sur les fruits immatures sont plus susceptibles de développer ce trouble. Pour savoir si une variété porte le gène des épaules vertes, il faut se renseigner auprès du fournisseur de semences. Les vieilles variétés à cœur de bœuf ou certaines tomates anciennes, appréciées pour leur goût, portent souvent ce trait génétique hérité de leurs ancêtres sauvages, quand les variétés hybrides modernes ont été sélectionnées pour mûrir uniformément (le fameux gène « uniform ripening »).
Ce qu’on peut réellement faire au potager
Une fois le collet vert installé sur le fruit, aucune magie ne le fera rougir : il n’est pas possible de corriger le collet jaune une fois que les symptômes se sont développés et ont progressé. La prévention par une conduite culturale adaptée et une attention portée à la nutrition des plants est donc essentielle. Autant dire que tout se joue en amont.
Côté potassium, un apport régulier de cendres de bois tamisées, de compost mûr ou de purin de consoude en cours de saison aide à maintenir des niveaux corrects sans excès d’azote qui, lui, aggrave le problème. Côté chaleur, l’astuce la plus simple reste de préserver un feuillage suffisant au-dessus des grappes : ce phénomène semble être lié à des températures trop élevées (supérieures à 30°C), et/ou à un feuillage trop léger, exposant les fruits un peu trop au soleil. Évitez donc l’effeuillage sévère en pleine canicule, même si l’envie de dégager les fruits pour accélérer la maturation est tentante.
Un paillage épais limite aussi l’échauffement du sol et protège les racines superficielles, celles-là mêmes qui perdent leur capacité à absorber le potassium au-delà de 35°C. Un détail à ne pas négliger : lors des étés caniculaires qui se multiplient ces dernières années, ce paillis n’est plus un simple confort, il devient presque une assurance récolte pour les variétés anciennes les plus sensibles au collet vert.
Sources : bede-asso.org | agribike.fr