Étalées en couche épaisse, les feuilles mortes forment vite une croûte quasi imperméable, surtout après la pluie, et l’eau ruisselle au lieu de pénétrer. Avec le platane, l’effet est encore plus net. Votre paillage d’octobre a fait office de toit, pas d’éponge.
Sous la pluie, les feuilles collent entre elles et forment une pellicule compacte.
- Les feuilles de platane forment une croûte imperméable qui bloque l’eau au lieu de la laisser pénétrer
- Leur décomposition très lente crée une faim d’azote qui puise dans le sol du potager
- Broyées à la tondeuse et mélangées à d’autres feuilles tendres, elles se décomposent deux fois plus vite
Une feuille cireuse, large et têtue
Les feuilles de platane se dégradent très lentement à cause de leur épaisseur et de leur texture cireuse. Chaque feuille mesure une quinzaine de centimètres et son feuillage est coriace. Sans broyage, ces feuilles s’agglomèrent en une croûte compacte qui bloque l’air et l’eau, et leur décomposition ralentit encore.
Le scénario du potager se déroule en trois temps. Gorgées d’eau, les feuilles pèsent plus lourd et se tassent en paquets compacts. Dessous, le sol s’asphyxie, l’humidité stagne et les vers de terre désertent. Dans ces conditions, la terre peut rester sèche sous un tapis pourtant détrempé en surface. Au printemps, vous soulevez la couche et vous trouvez une terre poudreuse, des feuilles à peine entamées et pas de vers.
Les feuilles de platane peuvent mettre plusieurs années à se décomposer.
La faim d’azote, ou comment un paillage coûte à la terre
Le calcul se joue sur le rapport carbone/azote. Pour le chêne, le platane ou le noyer, il peut dépasser 60 à 80. Bactéries et champignons ont besoin d’azote pour se multiplier. Si les feuilles n’en contiennent pas assez, ils le puisent dans la terre où poussent vos légumes. C’est la «faim d’azote».
Cette dette finit par se rembourser. À un certain stade, l’azote est redistribué grâce à la mort des micro-organismes décomposeurs et à leurs sécrétions. Un apport en automne sur un sol qui ne produit rien pendant plusieurs mois laisse le temps à la décomposition de s’amorcer sans concurrencer de culture. Votre Calendrier était donc bon. C’est la matière qui posait problème.
Rattraper le coup sans renoncer aux feuilles
Un simple passage à la tondeuse change complètement la donne.
Broyées, les feuilles se décomposent deux fois plus vite et se tassent moins. Les feuilles de platane restent utilisables mélangées à d’autres feuilles plus tendres. Celles de tilleul ou d’érable, dont le rapport C/N tourne autour de 40 à 50, se décomposent assez vite. Pour relancer l’activité biologique, on peut mêler des feuilles et tiges d’ortie fraîches, ou du purin d’ortie.
Côté épaisseur, comptez une couche souple d’environ 5 à 10 cm, posée à la surface du sol. Les feuilles fraîches ne s’enfouissent pas, car elles mobiliseraient temporairement l’azote disponible. Pensez aussi à laisser quelques centimètres libres autour des tiges, comme le recommandent les sources spécialisées. Et si la couche de platane est déjà en place, ratissez au printemps les feuilles restantes et mettez-les sur le tas de compost.
Le platane a d’ailleurs une vraie utilité au compost. Il fournit la matière «sèche» qui équilibre les apports humides comme les épluchures de cuisine. Alterner couches «brunes» (feuilles) et couches «vertes» (tonte, épluchures) accélère la décomposition. Pour un tas qui reste sur ce principe, la règle est simple : ne mettez pas le platane seul.
Reste la voie du terreau de feuilles. Fait en tas humide et aéré, il se prépare en 12 à 18 mois et allège les terres lourdes. Un tas commencé ce mois-ci serait donc prêt entre fin 2027 et début 2028, une fois les feuilles de platane réduites en un humus sombre et friable.
Source : lemondededemain.fr