Sous une serre froide non chauffée, on peut semer dès février et récolter encore en décembre. La clé tient en un principe : décaler chaque culture de trois à six semaines par rapport au plein champ, et jamais plus, sous peine de perdre les plants à la première nuit de gel intense.
- Une serre décale les semis de trois à six semaines par rapport au plein champ.
- Le sol doit dépasser 10 °C pour que les légumes-fruits germent.
- Les semis de tomate et de poivron se lancent dès mi-février, en intérieur ou en serre chauffée.
- L’aération doit s’ouvrir dès 25 °C pour éviter l’avortement des fleurs de tomate.
Pourquoi le calendrier sous abri n’est pas celui du jardin
Une serre plastique gagne en moyenne 3 à 5 °C en journée, et seulement 1 à 2 °C la nuit. Ce différentiel paraît modeste. Il suffit pourtant à faire germer une laitue en janvier ou à avancer des tomates de plusieurs semaines.
Le piège, c’est la nuit. Par ciel dégagé, la température sous un film simple peut descendre presque au niveau de l’extérieur, et un voile d’hivernage posé directement sur les plants ajoute 2 à 3 °C de protection supplémentaire.
Le sol compte autant que l’air.
Un sol à moins de 10 °C bloque la germination de la plupart des légumes-fruits, et les semis de tomate, poivron ou aubergine exigent plutôt 18 à 20 °C. D’où l’intérêt d’un thermomètre de sol planté à 5 cm de profondeur, qui coûte quelques euros et évite bien des semis perdus. Les jardiniers du Nord et de l’Est, où les gelées tardives s’étirent jusqu’à mi-mai, ajouteront trois semaines aux dates ci-dessous, ceux du pourtour méditerranéen peuvent en retrancher deux.
De janvier à avril : l’avance sur la saison
Janvier et février se consacrent aux cultures rustiques. On sème sous abri les laitues d’hiver, les radis, les épinards, la mâche et les petits pois, qui germent dès 5 à 8 °C. Les oignons blancs et les carottes précoces de type grelot peuvent suivre en février, à condition de semer en sol ressuyé.
Dès la mi-février, on lance en intérieur ou en serre chauffée les tomates, aubergines et poivrons, qui demandent six à huit semaines avant le repiquage. Les piments, plus lents, se sèment même un peu plus tôt, début février. Semer ces plants trop tôt sans lumière suffisante donne des tiges filées, grêles, qui ne rattrapent jamais leur retard.
Mars change la donne. Les jours dépassent douze heures de lumière, le sol se réchauffe, et l’on peut sortir les choux-raves, les betteraves, les blettes et les premières salades de printemps. Les pommes de terre primeurs se plantent à partir de la mi-mars sous abri, pour une récolte fin mai, soit quatre à six semaines avant celles du plein champ.
En avril, on repique les tomates si la serre ne descend plus sous 8 °C la nuit. C’est aussi le moment de semer les courgettes, concombres et melons en godets, qui lèvent en une semaine à 20 °C et supportent mal le froid. Les basilics, eux, attendent la fin du mois, car ils noircissent dès 10 °C.
De mai à septembre : gérer la chaleur, pas le froid
À partir de mai, le problème s’inverse. Une serre fermée en plein soleil grimpe facilement au-delà de 35 °C, seuil où les fleurs de tomate avortent et où le pollen devient stérile. L’aération doit s’ouvrir dès 25 °C, portes et ouvrants aux deux extrémités pour créer un courant d’air.
Un badigeon d’ombrage à base de blanc d’Espagne, appliqué sur le toit début juin, fait baisser la température de 4 à 6 °C. Il se lessive naturellement à la pluie à l’automne.
Côté semis, mai accueille les haricots, les courges et les melons de pleine saison, qui profitent de l’abri pour mûrir plus tôt. Les concombres et les aubergines repiqués à ce moment-là produisent jusqu’en octobre, à condition d’arroser au pied et de tailler régulièrement. Juillet permet déjà d’anticiper l’automne, avec des semis de carottes tardives, de fenouil et de chicorées.
Août est le mois que beaucoup oublient.
Pourtant, c’est là que se joue la récolte d’hiver : on sème fin août les épinards, la mâche et la roquette, puis début septembre les laitues d’hiver et les radis noirs. Un semis en retard de quinze jours à cette période peut décaler la récolte de deux mois, car la croissance ralentit nettement quand les jours passent sous dix heures de lumière, vers la mi-novembre.
Octobre à décembre : prolonger sans épuiser le sol
Fin octobre, la serre se vide des tomates et des poivrons, souvent touchés par le mildiou ou les maladies de fin de saison. On arrache, on évacue les résidus malades loin du compost domestique, puis on nettoie les parois pour regagner jusqu’à 10 % de luminosité, un gain précieux en hiver.
C’est le bon moment pour planter les ails et les oignons d’automne, ainsi que les fèves, qui passent l’hiver à l’abri. On peut aussi repiquer des laitues semées en septembre, à 25 cm d’écart, pour une récolte étalée de décembre à mars. La mâche, semée à la volée sur sol frais, reste prête à cueillir tout l’hiver.
Un apport de compost mûr de 2 à 3 cm d’épaisseur, griffé en surface, entretient la vie du sol sans le retourner. Sous abri, l’absence de pluie concentre les sels minéraux, et un sol non renouvelé finit par se salifier. Alterner les familles (une année de solanacées, puis des racines, puis des feuilles) et semer un engrais vert comme la moutarde blanche ou la phacélie pendant les périodes creuses règlent le plus gros du problème.
L’Institut national de l’information géographique rappelle que les dates de dernier gel varient de plusieurs semaines selon les régions françaises : les chiffres de ce calendrier restent donc des repères à ajuster, et le meilleur outil demeure le carnet où l’on note, année après année, la date réelle de chaque semis et de chaque première récolte.