Une serre froide est une serre sans aucun chauffage, qui ne fabrique pas de chaleur mais la piège. Le gain se mesure en degrés : 3 à 5 °C de plus la nuit qu’à l’extérieur, et nettement davantage en plein jour, où le thermomètre dépasse vite 25 °C sous un ciel dégagé de janvier. De quoi récolter de la mâche en février et avancer les plantations de printemps.
Pas de thermostat, pas de facture.
Le principe est celui d’une voiture garée au soleil : le rayonnement traverse la paroi, réchauffe le sol et les plantes, qui réémettent une chaleur que le film ou le polycarbonate retient en partie. Le sol joue donc le rôle de batterie, ce qui interdit de le laisser nu en hiver. Un paillage épais protège la vie du sol, mais il le prive de ce réchauffement, d’où l’intérêt de le retirer en mars sur les planches destinées aux semis précoces. Les maraîchers bio s’appuient sur la même mécanique avec des tunnels de plusieurs centaines de mètres carrés.
- Une serre froide gagne 3 à 5 °C la nuit et dépasse 25 °C en janvier sous soleil dégagé
- Un voile d’hivernage ajoute 2 à 4 °C supplémentaires lors des gels les plus durs
- L’ouverture régulière entre 10 et 12 °C extérieur prévient la surchauffe de février plus meurtrière que le gel
Film, polycarbonate ou verre : ce que change la paroi
Le film polyéthylène est le moins cher et se remplace tous les quatre à cinq ans, quand il est traité anti-UV. Le polycarbonate alvéolaire dure couramment dix ans et plus, isole mieux grâce à ses alvéoles d’air, mais laisse passer un peu moins de lumière. Le verre transmet le plus de clarté (autour de 90 %), pèse lourd et conserve mal la chaleur la nuit.
L’emplacement compte autant que le matériau. Une grande façade tournée vers le sud capte le soleil bas de décembre, et une haie ou un mur au nord coupent le vent qui dissipe la chaleur accumulée.
Un film mal tendu claque au vent et finit déchiré en une saison.
Côté démarches, une serre de moins de 1,80 m de hauteur ne demande aucune formalité. Au-dessus de cette hauteur, la dispense reste valable jusqu’à 5 m² au sol. Entre 5 et 20 m², une déclaration préalable est exigée en mairie, et au-delà de 20 m², il faut un permis de construire. Le plan local d’urbanisme de la commune peut durcir ces seuils, d’où l’intérêt de l’éplucher avant de commander.
Que mettre dedans quand on est début octobre
Nous sommes le 6 octobre, et la fenêtre est encore ouverte pour semer sous abri mâche, épinards, roquette et radis d’hiver. La mâche supporte des gelées autour de -10 °C en plein air, la serre lui apporte surtout de la vitesse, avec une récolte avancée de plusieurs semaines. Laitues d’hiver et chicorées repiquées maintenant tiennent jusqu’au printemps si on les aère.
Carottes et radis de printemps se sèment dès février sous abri.
Pour les nuits les plus dures, deux armes bio fonctionnent sans électricité. Un voile d’hivernage posé directement sur les cultures ajoute en général 2 à 4 °C, soit une seconde paroi à l’intérieur de la première. La couche chaude, elle, enterre du fumier frais de cheval sous 20 à 30 cm de terreau : en fermentant, il monte autour de 50 à 60 °C et chauffe le dessous des semis pendant plusieurs semaines. Les tomates peuvent ensuite partir en pleine terre sous serre deux à trois semaines avant leurs voisines de plein air.
Surchauffe et humidité : les deux vrais ennemis
Le gel fait moins de victimes que le soleil de février. Par 10 °C dehors, l’air intérieur peut dépasser 30 °C en quelques heures, et des semis tout juste levés grillent avant midi. Il faut ouvrir portes et ouvrants dès que l’extérieur atteint 10 à 12 °C, puis refermer en milieu d’après-midi pour garder la chaleur de la soirée.
L’humidité pose l’autre difficulté. En hiver, un arrosage tous les dix à quinze jours suffit souvent, le matin et au pied des plants, car la botrytis s’installe quand les feuilles restent mouillées toute la nuit.
Un thermomètre mini-maxi posé à hauteur des plantes et relevé chaque matin donne la vraie mesure de votre site. Par nuit claire et sans vent, l’écart avec l’extérieur peut tomber à 1 ou 2 °C seulement, notamment en fond de vallée. C’est dans ces nuits-là que le voile d’hivernage fait la différence entre une planche de mâche intacte et une planche grillée.