Oui, on peut replanter des tomates au même endroit après un épisode de mildiou, et le sol n’est pas le coupable qu’on imagine. Phytophthora infestans, longtemps rangé parmi les champignons alors qu’il appartient aux oomycètes, a besoin de tissus vivants pour survivre. Dans une terre nue, sans racines ni débris frais, ses spores s’éteignent vite.
Le vrai réservoir du mildiou, c’est la pomme de terre oubliée.
- Les spores du mildiou meurent dans un sol nu sans résidus frais, rendant la replantation possible à court terme.
- Les tubercules de pomme de terre infectés qui repoussent au printemps sont le principal vecteur des épidémies.
- Les plants atteints doivent partir à la déchetterie en sac fermé, jamais au composteur domestique qui ne chauffe pas assez.
Ce que le sol retient vraiment du mildiou
Les spores ne résistent ni au soleil ni à la dessiccation, et le mycélium meurt avec les feuilles qui le portent. Une exception existe : les oospores, des formes de résistance produites quand les deux types sexuels du parasite (A1 et A2) se rencontrent. Le type A2, détecté en Europe à partir de 1984, y est désormais installé, et ces oospores peuvent persister dans le sol plusieurs mois, parfois davantage selon les conditions. Leur rôle reste pourtant secondaire face aux tubercules infectés, qui déclenchent l’essentiel des épidémies de printemps.
Un tubercule malade resté dans la planche passe l’hiver dans la terre, repousse en mai et se couvre de spores dès que l’humidité s’installe. Ces spores voyagent avec le vent et la pluie sur plusieurs centaines de mètres, de quoi contaminer toute une rangée de jardins familiaux.
Replanter sur la même planche reste donc possible pour le mildiou seul. Pour les autres maladies, la rotation compte : fusariose, verticilliose et nématodes s’installent dans les sols qui reçoivent des solanacées année après année. Trois à quatre ans sans tomate, pomme de terre, aubergine ni poivron, c’est le délai généralement conseillé au potager bio.
Plants malades : où ils doivent finir
Arrachez les plants atteints entiers, par temps sec, et glissez-les directement dans un sac fermé sans les secouer. Le duvet blanc visible au revers des feuilles brunes signale que le parasite sporule, donc que chaque geste brusque disperse des spores. Les fruits portant des plaques brunes, dures et huileuses sont à jeter dans le même sac. Les tomates vertes encore saines peuvent être cueillies pour mûrir à l’intérieur, à condition de les trier chaque semaine, car une seule fruit contaminé gâte la caisse.
Le composteur divise les jardiniers. Dans un tas qui dépasse 60 °C, le mildiou ne survit pas, mais un composteur domestique atteint rarement cette température de façon homogène. Le plus sûr reste la déchetterie, car le brûlage à l’air libre des déchets verts est interdit aux particuliers.
Ramassez chaque tomate tombée au sol, y compris sous le paillis.
Replanter sans rejouer la même saison
Les variétés tolérantes changent la donne : Ferline, Legend ou Crimson Crush sont régulièrement citées pour leur résistance au mildiou. Elles retardent et ralentissent les attaques sans les supprimer, et Ferline comme Crimson Crush étant des hybrides F1, on n’en récolte pas les graines pour les ressemer. À l’inverse, les grosses variétés anciennes de type cœur de bœuf comptent parmi les plus vulnérables.
Le mildiou exige des feuilles mouillées plusieurs heures, entre 10 et 25 °C.
Tout se joue donc sur l’humidité : arrosage au pied uniquement, 50 cm minimum entre les plants, effeuillage des feuilles basses qui touchent le sol. Un auvent transparent ouvert sur les côtés, qui garde le feuillage au sec, évite l’essentiel des attaques.
Côté traitement, la bouillie bordelaise (à base de cuivre) est autorisée en agriculture biologique, mais elle protège sans guérir : elle s’applique avant les symptômes, jamais sur une feuille déjà atteinte. Le cadre européen limite le cuivre en bio à 4 kg par hectare et par an en moyenne, soit environ 400 g pour 100 m². Au-delà, le métal s’accumule dans le sol et pénalise les vers de terre.
Pour savoir quand surveiller, consultez les Bulletins de santé du végétal publiés par les chambres d’agriculture : ils signalent chaque année les premières contaminations de mildiou, région par région, souvent dès la fin mai.