J’ai versé tout mon bac de tonte d’un coup sur le compost juste pour ne pas laisser l’herbe pourrir dans le sac : cinq jours plus tard, une odeur d’égout montait du tas

Cette odeur d’égout qui remonte du tas cinq jours après un déversement massif de tonte n’a rien de mystérieux : c’est la signature olfactive d’une décomposition anaérobie, le résultat direct d’un excès d’herbe humide compactée sans air. Le compost n’a pas “mal tourné” par accident, il a simplement suivi une loi physique implacable que tous les jardiniers pressés redécouvrent un jour ou l’autre.

À retenir

  • L’herbe fraîche entassée sans air crée des poches anaérobies en quelques heures
  • L’odeur d’égout révèle un déséquilibre chimique précis, pas une fatalité du compostage
  • Retourner le tas et ajouter massivement de la matière sèche sauve le compost en moins d’une semaine

Ce qui se passe vraiment sous la surface du tas

L’herbe fraîchement tondue contient énormément d’eau et d’azote, deux caractéristiques qui en font un matériau à la fois précieux et redoutable pour le compost. L’herbe fraîchement tondue a une teneur en humidité élevée, et une teneur en azote plus élevée que beaucoup d’autres matériaux, et l’humidité peut faire tasser et s’agglutiner l’herbe, créant des poches anaérobies. Versée en une seule fois, sans structure pour laisser passer l’air, elle se tasse sous son propre poids en quelques heures.

Le problème s’aggrave avec le temps. Le tas de gazon laissé à lui-même se tasse sous son propre poids, sous l’effet de la chaleur et de la décomposition, et devient feutré. Une fois feutrée, l’herbe est impossible à séparer ou à redonner un aspect aéré, et l’air et l’oxygène ne peuvent plus atteindre l’herbe. C’est exactement ce mécanisme qui transforme un simple tas de tonte en bombe olfactive. Les bactéries passent alors à un processus anaérobie : la décomposition continue mais sans air, ce qui n’est pas favorable au compostage, et le résultat le plus perceptible est une forte odeur azotée, décrite comme une odeur d’urine.

Certains experts du compostage vont plus loin dans le constat. La prévention des conditions anaérobies est pratiquement impossible avec les tontes de gazon lorsqu’elles sont apportées en grande quantité et sans précaution. Et le mal est souvent fait avant même l’arrivée sur le tas : les tontes de gazon sont presque toujours déjà odorantes lorsqu’elles arrivent sur le site de compostage, tout simplement parce qu’elles fermentent vite, dès qu’elles sont entassées dans un sac ou un bac de tonte.

Pourquoi une odeur de soufre ou d’ammoniac, et pas de terre

Un compost sain ne devrait jamais piquer le nez. Un compost en bonne santé ne devrait pas dégager de mauvaises odeurs : son parfum rappelle plutôt celui de la terre de forêt, du sous-bois ou de l’humus frais, signe d’une décomposition aérobie efficace. Dès que cette odeur terreuse disparaît au profit de relents de soufre ou d’ammoniac, c’est le signal d’un dérèglement précis, pas d’une fatalité.

L’odeur d’œuf pourri, celle qui évoque justement les égouts, a une origine bien identifiée. Un taux d’humidité trop élevé favorise la fermentation anaérobie et provoque des odeurs de putréfaction proches de celle des œufs pourris, notamment lorsque des déchets riches en eau ne sont pas compensés par des matières sèches. L’ammoniac, de son côté, trahit un déséquilibre chimique différent mais tout aussi net : cette odeur piquante apparaît quand le compost reçoit beaucoup trop de matières azotées en peu de temps, les tontes fraîches faisant chuter brutalement le rapport carbone/azote sous 15, ce qui libère l’azote excédentaire sous forme ammoniacale. Dans les deux cas, la cause profonde reste la même : trop de matière verte, trop humide, entassée trop vite, sans rien pour faire circuler l’air.

Sauver le tas sans tout recommencer

La bonne nouvelle, c’est que ce désastre olfactique se corrige en quelques jours, pas en quelques mois. La première étape consiste à casser mécaniquement le bloc compacté. Retourner le compost avec une fourche permet de laisser l’ammoniac s’échapper et d’introduire de l’oxygène ; retourner le compost en profondeur pour le décompacter et faire circuler l’air est la solution la plus rapide. Sans cette aération, aucune matière brune ajoutée par-dessus ne suffira, l’humidité restera piégée au cœur du tas.

Vient ensuite le rééquilibrage carbone-azote, l’étape qui règle le problème à la racine. La solution consiste à ajouter massivement des matières carbonées, carton, paille, copeaux ou feuilles mortes, dans un rapport de 2 à 3 volumes de brun pour 1 volume de vert, puis à mélanger ; l’équilibre se rétablit en quelques jours et l’ammoniac cesse de s’échapper. Un carton de déménagement déchiqueté, des feuilles sèches de l’automne dernier stockées dans un coin du jardin, ou même de la paille du poulailler font parfaitement l’affaire. L’essentiel est d’obtenir une texture friable, pas une bouillie.

Pour vérifier que le tas reprend le bon chemin, un test très simple suffit : serrer une poignée de compost dans la main : de l’eau qui perle signale un excès d’humidité, une poudre sèche indique un manque d’eau, une motte qui s’effrite marque l’équilibre idéal. Si l’odeur persiste au-delà d’une semaine malgré ces gestes, un second retournement avec un apport supplémentaire de matière sèche est généralement nécessaire.

Ne plus refaire l’erreur au prochain sac de tonte

La leçon à tirer de cet épisode nauséabond tient en une règle de bon sens : jamais de tonte en couche épaisse, jamais seule. La couche verte ne devrait pas dépasser 2 à 5 centimètres d’épaisseur, ce qui empêche l’herbe de se tasser et de créer des poches anaérobies. Alterner systématiquement une fine strate d’herbe avec une strate de matière sèche transforme le sac de tonte en allié plutôt qu’en problème.

Un détail change tout et beaucoup de jardiniers l’ignorent encore : mieux vaut mélanger que superposer. Il est possible d’utiliser la méthode du mélange ou celle du sandwich, mais la méthode du mélange fonctionne généralement mieux ; si l’on utilise le sandwich, il faut multiplier les couches fines plutôt que quelques couches épaisses. Un coup de fourche pour incorporer la tonte directement dans le tas existant, plutôt que la déverser en surface, évite justement l’effet “couvercle hermétique” qui a provoqué l’odeur d’égout.

Reste un piège à connaître pour l’été prochain : même correctement gérée, la tonte fraîche continue de fermenter vite dès qu’elle patiente quelques jours dans un sac fermé avant d’atteindre le compost. Autant dire qu’un bac de tonte ne devrait jamais rester clos plus de 24 heures, sous peine de livrer sur le tas une matière déjà à moitié anaérobie, prête à recommencer le cycle des mauvaises odeurs.

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