Associer les plantes au potager : ce que la science confirme et ce qu’elle nuance

Le trio maïs, haricot, courge se cultive ensemble en Amérique centrale depuis des siècles, sous le nom de milpa. Le maïs sert de tuteur au haricot, qui héberge dans ses racines des bactéries fixatrices d’azote, tandis que la courge étale ses feuilles pour garder le sol frais et freiner les herbes spontanées. L’association de plantes consiste à faire cohabiter des espèces qui se rendent service sur la même surface : support, ombre, nutrition ou protection contre les ravageurs.

Reste à savoir quelles combinaisons tiennent leurs promesses.

Le sujet charrie autant de savoirs solides que de légendes de jardinier. Une méta-analyse publiée en 2011 par Deborah Letourneau et ses collègues, portant sur plus de 500 comparaisons, a constaté que les cultures diversifiées abritent moins d’insectes herbivores que les monocultures dans la majorité des cas. Les effets les plus nets viennent de rangs alternés ou de bandes, rarement d’un pied isolé. Mieux vaut donc trier ce qui repose sur un mécanisme connu (confusion olfactive, fixation d’azote, ombrage) et ce qui relève de la tradition.

À retenir
  • Le trio maïs, haricot et courge se cultive ensemble depuis des siècles sous le nom de milpa.
  • Les haricots fixent l’azote de l’air grâce à des bactéries logées dans leurs racines.
  • Une planche entière de tagètes pendant une saison réduit les nématodes bien mieux que quelques pieds isolés.
  • Sous un noyer, la tomate souffre de la juglone, une molécule toxique libérée par ses racines.

Ce que les plantes s’apportent vraiment

Les légumineuses (haricots, pois, fèves) forment des nodosités où vivent des Rhizobium, bactéries capables de capter l’azote de l’air. La plus grande part de cet azote profite à la culture suivante, quand racines et résidus se décomposent, bien plus qu’à la voisine du moment.

Pour reproduire la milpa au jardin, on sème le maïs en mai, une fois les gelées passées, en carré d’au moins quatre rangs pour assurer la pollinisation. Les haricots à rames partent deux à trois semaines plus tard, quand le maïs atteint 20 cm, sinon ils l’étouffent. Les courges se repiquent à la même période, en bordure de planche, avec un mètre d’espace. Une variété de maïs à tige haute tient mieux le poids des haricots qu’un hybride nain.

Les racines, elles, occupent des étages différents. La carotte plonge son pivot à 30 cm ou plus, la laitue explore les 15 premiers centimètres, le poireau s’installe entre les deux. Les planter côte à côte limite la concurrence pour l’eau et les minéraux.

Le couple carotte-poireau est l’exemple classique de confusion olfactive. L’odeur du poireau brouille le repérage de la mouche de la carotte, celle de la carotte gêne la teigne du poireau. On alterne les rangs, par exemple deux de carottes pour un de poireaux sur une planche de 1,20 m. Aucun des deux ne garantit une protection totale : un filet anti-insectes à maille de 0,8 mm reste la barrière la plus fiable contre la mouche de la carotte.

Le radis marque la rangée de carottes avant même qu’elles lèvent.

Il germe en quatre ou cinq jours, quand la carotte met deux à trois semaines à sortir de terre. On le récolte dès 25 à 30 jours, ce qui libère la place au moment où les carottes commencent à s’étoffer. Cette précocité permet aussi de repérer la rangée pour biner sans arracher les jeunes plants.

Les associations que la science nuance

L’œillet d’Inde (Tagetes patula) réduit bel et bien les nématodes à galles, mais en culture dense sur toute une saison, puis enfoui, pas en quelques pieds plantés au bord des tomates. Dans un petit potager infesté, une planche entière de tagètes pendant un été fait plus que dix pots décoratifs.

Le basilic près des tomates figure dans tous les manuels. Les preuves d’un effet répulsif sur les aleurodes ou les pucerons restent minces, mais les deux plantes aiment la chaleur, le plein soleil et des arrosages réguliers, ce qui justifie la cohabitation. Pincer les têtes du basilic dès l’apparition des boutons prolonge la récolte jusqu’aux premières fraîcheurs.

La capucine joue la plante-piège : les pucerons noirs s’y installent volontiers, ce qui détourne une partie de la pression des haricots. Elle attire aussi les piérides du chou, qui y pondent, donc on la place à distance des choux plutôt qu’à leur pied.

Sous un noyer, la tomate dépérit, empoisonnée par la juglone.

Cette molécule, libérée par les racines et les feuilles, inhibe la croissance de nombreuses solanacées sur une zone qui dépasse souvent la projection de la couronne. Le fenouil se comporte de façon comparable à plus petite échelle : on l’isole en bordure, loin des haricots et des tomates. Quant à la pomme de terre et à la tomate, elles partagent le mildiou, et les rapprocher offre à la maladie un pont direct.

Penser en strates, en saisons et en rythmes

Les salades d’été montent à graine dès que les nuits restent chaudes. Semées à l’ombre clairsemée des tomates ou des haricots à rames, elles tiennent souvent jusqu’en août.

Les cultures rapides (radis, laitue, mâche) se glissent entre celles qui s’installent lentement, comme les choux, les poireaux ou le céleri-rave. Un chou pommé planté à 50 cm de ses voisins laisse pendant les premières semaines un sol nu, que la laitue occupe en six à huit semaines. Le sol reste couvert, donc moins d’évaporation et moins d’herbes à arracher. La laitue est récoltée avant que les feuilles du chou ne se touchent, et un paillage de tonte sèche ou de paille entre les plants complète le dispositif.

À grande échelle, le système push-pull mis au point au Kenya par l’icipe associe du maïs, du desmodium qui repousse les foreurs de tige, et de l’herbe à éléphant (Napier) plantée en bordure pour les attirer. Le desmodium freine aussi le striga, une plante parasite du maïs. Des dizaines de milliers de petits exploitants d’Afrique de l’Est l’ont adopté.

Démarrer sans se tromper

Mieux vaut tester deux ou trois associations sur une planche que bouleverser tout le potager d’un coup. Un carnet avec un plan daté, les dates de semis et les observations de pucerons ou de mildiou vaut plus que n’importe quel tableau d’associations trouvé en ligne.

Les erreurs courantes tiennent à la densité. Une tomate demande 50 à 60 cm autour d’elle, un pied de courge près d’un mètre carré, et entasser des compagnes entre les deux crée de la concurrence plutôt que de l’entraide. Aérer limite aussi le mildiou, qui prospère dans un feuillage humide et serré.

Octobre laisse le temps de semer des fèves, qui passent l’hiver et libèrent leur azote au printemps quand on les fauche en début de floraison, avant d’installer les tomates. L’ail se plante d’octobre à décembre, avec une dizaine de centimètres entre les gousses, et ses rangs glissés entre les fraisiers fournissent un premier test grandeur nature.

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