Un compost qui sent mauvais manque presque toujours d’air, de matière brune, ou des deux. L’odeur dit lequel des deux cas vous avez devant vous, et le correctif tient en un quart d’heure de fourche. Trois familles d’odeurs couvrent l’essentiel des situations : l’ammoniaque, l’œuf pourri et l’aigre.
Un tas qui travaille bien sent le sous-bois, pas l’égout.
- L’ammoniaque signale un excès d’azote (tontes fraîches, épluchures), l’œuf pourri trahit un manque d’oxygène, l’aigre indique une fermentation acide après fruits ou restes humides
- Couvrir chaque apport de cuisine avec 5 cm de matière brune, ajouter deux à trois seaux de brun pour un seau de vert, et réserver des feuilles mortes d’octobre en sacs
- Retourner le tas à la fourche en le transférant sur une bâche, mélanger du broyat grossier, poser un couvercle en toit, et laisser l’air circuler par le bas avec du branchage
Ce que votre nez essaie de vous dire
Une odeur piquante d’urine ou de produit ménager, qui fait presque tousser, signale un excès d’azote : c’est l’ammoniaque. Elle apparaît quand on déverse une tonte fraîche, des fientes ou un grand seau d’épluchures sans rien pour les équilibrer. Le rapport carbone/azote idéal tourne autour de 30 pour 1, alors que l’herbe fraîche se situe plutôt entre 15 et 20. Cette ammoniaque est de l’azote qui s’envole, donc de l’engrais perdu pour le potager.
L’odeur d’œuf pourri vient des sulfures que produisent des bactéries privées d’oxygène. Elle trahit un tas tassé ou détrempé, typiquement des tontes humides écrasées sous leur propre poids.
Le registre aigre, entre vinaigre et ensilage, évoque une fermentation acide. On le rencontre après de gros apports de fruits, d’agrumes ou de restes de cuisine très humides versés en couche épaisse. Les nuées de mouches du vinaigre confirment le diagnostic.
Prenez une poignée de compost et serrez : quelques gouttes, pas un filet.
À l’inverse, un tas trop sec ne sent rien mais ne chauffe pas non plus : les feuilles restent intactes, parsemées de filaments blancs. Un arrosage à l’arrosoir en pomme, jusqu’à retrouver cette humidité d’éponge essorée, relance le processus.
Rééquilibrer le vert et le brun
Les matières vertes sont humides et riches en azote : épluchures, marc de café, tontes, fanes de légumes. Les brunes sont sèches et carbonées : feuilles mortes, carton brun, paille, broyat de branches. En volume, comptez deux à trois seaux de brun pour un seau de vert, ce qui ramène le mélange vers les 30 pour 1 visés.
Octobre tombe bien : les feuilles mortes, dont le rapport carbone/azote avoisine 50 pour 1, s’amassent au pied des haies et des allées. Ensachez-les, ou tassez-les dans un cercle de grillage, pour disposer de brun jusqu’à l’été. Le carton brun déchiré en morceaux de la taille d’une main, sans encre colorée ni adhésif, joue le même rôle et absorbe l’excès d’eau. Seule règle d’hygiène : pas de viande, de poisson ni de produits laitiers, qui attirent les rats et aggravent les odeurs.
Chaque apport de déchets de cuisine mérite sa couverture : 5 cm de brun suffisent à étouffer les odeurs et à décourager les mouches. Les tontes se déposent en fines couches, après une journée de séchage au soleil, faute de quoi elles se tassent en galette visqueuse.
Aérer sans s’épuiser
Un compost étouffé ne se rattrape pas avec du brun seul.
Démontez le tas à la fourche, étalez-le une heure sur une bâche, mélangez-y le brun, puis reconstruisez-le en renvoyant les parties extérieures au centre. Dans la phase chaude, qui monte entre 55 et 70 °C, un retournement toutes les deux à trois semaines relance l’activité des bactéries aérobies. L’odeur d’ammoniaque ou de soufre s’efface en général en quelques jours.
Posez le tas directement sur la terre nue, avec 15 à 20 cm de branchages grossiers au fond, pour que l’eau s’évacue et que l’air circule par en dessous. Mêlez du broyat grossier aux apports humides, car ses fragments créent des poches d’air que la fourche seule ne maintient pas.
Les pluies d’automne sont l’autre ennemi. Un couvercle, une planche ou une bâche posée en toit, qui laisse l’air entrer par les côtés, évite que le tas ne se gorge d’eau. Un compost détrempé voit son oxygène chassé par l’eau, et c’est précisément là que les sulfures apparaissent.
Un compost mûr, après six à douze mois selon le soin apporté au tas, est brun foncé, friable et sent le sous-bois. Si l’ammoniaque persiste plus de quatre jours après un retournement, ajoutez encore du brun : l’excès d’azote est presque toujours en cause.