« Je pensais qu’il fallait chasser les bestioles cachées sous mes pots » : pourquoi un vieux maraîcher m’a fait installer un pot de paille sur un piquet au bord de mes salades

Ces petites bêtes qui détalent quand on soulève un pot de fleurs sont des perce-oreilles, et elles travaillent pour vous. Un pot retourné, rempli de paille et posé sur un bâton à 4-5 cm du sol, sert d’abri aux forficules, à portée immédiate des pucerons qui colonisent vos salades.

Inutile de les chasser, mieux vaut les loger.

À retenir
  • Le perce-oreille dévore pucerons, psylles et larves d’insectes, notamment la nuit
  • Un pot en terre rempli de paille retourné sur un piquet attire naturellement les forficules
  • L’installation demande trois semaines minimum pour montrer ses résultats sur les ravageurs

Un locataire au mauvais dossier

Une vingtaine d’espèces sont répertoriées en France, et la plus répandue est Forficula auricularia. Son nom alimente les légendes sur les oreilles, mais le pince-oreille est totalement inoffensif pour l’homme. Au menu, en revanche, figurent surtout des indésirables : pucerons, psylles, larves d’insectes et œufs de limaces. Un régime qui devrait lui valoir une carte de membre dans tous les potagers bio.

Le forficule est un noctambule. Le jour, il se réfugie dans des endroits frais, sombres et humides, puis quitte sa cachette à la tombée du jour pour se nourrir. Soulever un pot en plein midi, c’est donc tomber sur lui en plein sommeil, d’où l’impression d’une invasion.

Côté résultats, les chiffres de terrain sont rares, mais les témoignages abondent. Un article de presse rapporte que, dans des vergers de poiriers, les observations de l’INRA ont montré qu’il régulait si bien le psylle du poirier que les pulvérisations sont devenues inutiles. Et comme les pucerons peuvent transmettre des maladies virales et déformer leur hôte, un allié qui les croque de nuit n’est pas un détail pour des laitues.

Fabriquer l’abri, du pot au piquet

Le matériel tient dans un fond de cabane : un pot en terre, de la paille, du foin ou des feuilles sèches. Une ficelle passée par le trou de drainage permet ensuite de fixer ou de déplacer le pot sans y plonger la main.

Bourrez le pot sans le tasser à bloc, retournez-le, puis posez-le sur un piquet planté au bord du rang de salades, à 4 ou 5 cm au-dessus du sol. Gerbeaud conseille de installer ces nichoirs à partir de mai ou juin, mais fin septembre, les salades d’automne et les choux restent des cibles pour les pucerons. Autre méthode : poser d’abord le pot au sol quelques jours, le temps que des pince-oreilles s’y installent, puis le placer au pied des plantes attaquées.

Ensuite, il faut savoir patienter.

Comptez deux ou trois semaines avant de juger. Soulever le pot chaque matin pour vérifier qu’il est occupé reste la meilleure façon de dégoûter les locataires. Autre erreur classique : le placer en plein soleil, où il se transforme en étuve. À l’inverse, un pot qui flotte sans contact avec les tiges risque de rester vide.

L’entretien se limite à un coup d’œil. Si la paille est trempée, moisie ou complètement tassée, elle mérite d’être remplacée.

Les limites du système

Le forficule n’a rien d’un saint. Santé Canada rappelle qu’il agrémente son menu de pousses tendres, de feuilles et de fleurs de légumes, et qu’il est attiré par les fruits abîmés par d’autres insectes ou par des maladies. Si vos salades sont grignotées, le pot n’est pas forcément innocent, mais il n’est pas forcément coupable non plus.

Une ronde nocturne à la lampe torche suffit à départager les suspects.

Près des arbres fruitiers, la règle est plus stricte : on retire l’abri des pêchers, pruniers ou abricotiers avant la maturité des fruits, car les forficules ne les abîment que lorsqu’ils sont mûrs. Pour un pot posé à côté d’un rang de laitues, le risque est bien moindre, à condition de surveiller le feuillage au fil des semaines.

Le même principe d’abri sert aussi contre les limaces : la DRAAF Centre-Val de Loire conseille de poser au sol une tuile ou un carton, abri sombre et humide qui attire les gastéropodes, à relever pour les ramasser. Elle précise que les pièges à bière éliminent aussi des auxiliaires utiles, ce qui en fait un mauvais calcul pour un potager bio.

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