Tout le monde étale ses vieux cartons sur les planches du potager à l’automne : chez les maraîchers, c’est la première chose qu’on arrache avant de les poser

Le ruban adhésif court sur tout le dessus du carton, et c’est lui qui reste dans le sol quand le reste a disparu. Le ruban d’emballage est généralement en polypropylène ou en polyester, des plastiques qui ne se dégradent pas au rythme d’une saison de potager. Le retirer avant de poser le carton est le geste qui distingue un paillage propre d’un futur casse-tête de printemps.

Quelques mois plus tard, le carton disparaît sous le paillage, mais pas le ruban.

À retenir
  • Les rubans adhésifs en polypropylène ne se dégradent pas avec le carton et restent dans le sol après plusieurs saisons.
  • Les étiquettes plastifiées et les agrafes doivent être retirées avant la pose pour éviter des fragments sous les outils de jardinage.
  • Le carton ondulé brun sans impressions est le choix le plus sûr pour un potager bio, loin du carton glacé ou coloré.
  • Le paillage s’installe en automne après avoir ameubli le sol, avec un chevauchement de 15 à 20 centimètres entre les morceaux.

Ruban, étiquettes, agrafes : le tri d’avant la pose

Les fiches pratiques disent toutes la même chose sur ce point. Il faut ôter rubans adhésifs, agrafes et éléments plastiques avant d’installer les cartons. Ces éléments ne sont pas biodégradables à court terme, et ils se retrouvent ensuite en fragments sous la fourche ou la grelinette. Les étiquettes d’expédition posent le même problème : celles qui sont plastifiées sont à retirer avec le reste.

Les étiquettes ont aussi leur propre chimie. Leur revêtement protecteur, résistant aux intempéries, contient des plastiques, et leur colle est une colle chimique. Un coup de cutter le long de la jonction, puis on arrache le ruban par bandes. Ceux qui ont déjà lutté contre une vieille étiquette collée savent qu’il vaut mieux la retirer à sec avant de mouiller le carton.

Une nuance existe pour le ruban en papier kraft. Le ruban activé à l’eau a une base en papier kraft et une colle à base d’amidon, ce qui le rend compostable. Mais s’il porte des couleurs, l’encre peut poser question (voir plus bas).

L’encre, le vrai sujet de discorde

Ici, les avis divergent. Côté prudence, les encres de couleur préoccupent : elles peuvent contenir des métaux lourds toxiques, alors que la plupart des encres noires sont fabriquées à partir d’huile de soja. Une revue scientifique sur la pâte à papier recyclée rappelle que des emballages verts et jaunes contenaient du chromate de plomb, du sulfate de plomb et de l’oxyde de plomb.

Le carton recyclé pose une difficulté supplémentaire. Les auteurs du blog Le potager permacole soulignent que le carton recyclé est broyé avec tous ces résidus, ce qui empêche de savoir vraiment ce qu’il contient. Leur conclusion tient en peu de mots : dans le doute, ils limitent cette pratique.

D’autres jardiniers relativisent. La quantité d’encre sur un carton est généralement très faible, donc le risque de contamination reste bas si l’usage est modéré. Le risque augmente avec de grandes quantités de carton glacé, coloré ou très imprimé. Pour un potager bio, le compromis le plus sûr consiste à choisir le carton ondulé brun, sans impressions ni adhésifs.

Les boîtes de colis conviennent le mieux, les emballages alimentaires glacés le moins.

Poser en automne, sans rater la mise en place

L’automne convient bien à ce paillage. La fiche technique de la DRAAF Auvergne-Rhône-Alpes conseille de couvrir le sol à cette saison après l’avoir ameubli, ce qui donne au printemps une excellente texture et une fertilité élevée. Le carton ajoute son effet occultant : privé de lumière, l’herbe sous-jacente meurt.

La pose demande un peu de méthode. On désherbe à la main, on aplanit au râteau, puis on humidifie les cartons pour qu’ils adhèrent à la terre. Les morceaux doivent se chevaucher sur au moins 15 à 20 centimètres, sinon la lumière passe dans les interstices et les herbes tenaces s’y faufilent. On recouvre ensuite le tout : feuilles mortes, résidus de tonte ou paille cachent le carton et le protègent du vent.

En climat sec, un détail compte. Les conseillers de l’université d’État d’Oregon recommandent, pour garder l’humidité, de recouvrir le carton de compost ou d’un autre matériau. Les termites s’attaquent parfois à un carton trop sec.

Certains jardiniers préfèrent d’ailleurs réserver le carton à un usage ponctuel : préparer une planche à partir d’une pelouse ou d’une végétation dense, puis passer à des paillages plus vivants et diversifiés. Une fois la planche ouverte, les alvéoles d’œufs, qui se décomposent très vite, sont une alternative que certains lecteurs du même blog disent employer.

Un dernier repère avant d’aller chercher vos piles de colis : les jardiniers bio américains distinguent aussi le carton brut du carton ciré ou traité. Un carton ciré ou traité aux fongicides est exclu du paillage bio. Un simple coup d’œil à la surface suffit souvent à trier.

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