La réponse est nette : ces carottes doivent finir au compost, jamais dans la casserole. Les traverses de chemin de fer sont traitées à la créosote, une substance hautement cancérigène qui agit par contact avec la peau ou par inhalation. Semer des légumes-racines juste à côté revient à les faire grandir au contact direct d’un biocide industriel.
Le mécanisme est simple à comprendre.
Ces traverses sont imprégnées de créosote, un goudron de houille utilisé comme biocide puissant pour protéger le bois, un concentré de substances toxiques dont des hydrocarbures aromatiques polycycliques. Le Centre international de recherche sur le cancer, une branche de l’OMS, classe la créosote comme agent probablement cancérogène pour l’homme, en groupe 2A. Un classement qui ne laisse guère de place au doute, même pour une bordure vieille de trente ans qu’on croyait inoffensive.
- La créosote, biocide industriel classé probablement cancérigène par l’OMS, imprègne les traverses de chemin de fer et migre dans le sol pendant des années.
- Les carottes et autres légumes-racines absorbent les composés lipophiles de la terre contaminée, devenant impropres à la consommation.
- L’évacuation de traverses créosotées relève de la gestion de déchets dangereux et ne doit jamais passer par le feu ou les bennes classiques.
Une interdiction qui date de 2018, mais un marché de l’occasion toujours actif
En France, l’utilisation de bois traités à la créosote, neufs ou anciens, est interdite depuis 2018, sauf pour protéger les traverses de chemin de fer dans des conditions très encadrées. Les particuliers n’ont pas le droit de détourner ces traverses ou ces poteaux pour en faire des clôtures, des bordures de massifs, de potagers ou de terrasses, de bacs à sable pour les enfants. Le texte est clair, mais la réalité du terrain l’est beaucoup moins.
Un reportage de la RTBF a récemment illustré ce décalage. Le fournisseur d’une grande chaîne de matériaux de construction identifié dans l’enquête, la firme Desindo, était basée à Gand, preuve que ces bois circulent encore librement dans les rayons. Pire, le vendeur interrogé a admis ne pas savoir d’où venaient ces billes ni quel produit elles contenaient, tout en assurant qu’on les avait toujours vendues sans problème. Une réponse qui laisse songeur sur le niveau d’information disponible en magasin de bricolage.
Trois ans. C’est parfois le délai avant que le danger ne devienne visible.
Un cas raconté récemment illustre bien ce délai silencieux. Au troisième été de canicule, le bois s’est mis à « transpirer » un liquide noir et collant, avec une odeur de goudron qui prenait à la gorge. La chaleur estivale fait remonter le poison à la surface, exactement là où poussent les légumes.
Comment la créosote migre jusqu’à la racine
La créosote reste de nombreuses années dans le bois et se diffuse dans le sol, risquant ainsi de contaminer les légumes. Ce n’est pas une hypothèse théorique réservée aux laboratoires. Une fois dans le sol, elle migre lentement et peut contaminer les légumes-racines et les légumes-feuilles pendant des années. Les carottes, précisément, absorbent les composés lipophiles présents dans la terre qui les entoure, ce qui en fait l’une des cultures les plus exposées à ce type de pollution.
Le contact ne se limite pas au sol. Ces usages impliquent un contact fréquent avec les mains, la pluie, les chaussures, parfois les légumes ou les herbes aromatiques, exactement le contexte qu’il faut éviter avec un bois potentiellement contaminant. Un enfant qui court pieds nus près de la bordure, un jardinier qui s’appuie sur la traverse pour désherber : chaque geste ordinaire devient une voie d’exposition.
La créosote provoque en particulier des cancers du scrotum et est également à l’origine de troubles de la fertilité. Ces effets ont d’abord été documentés chez les ouvriers manipulant le produit à mains nues, avant que la recherche ne s’étende aux usages domestiques. L’exposition chronique, même faible, inquiète davantage les toxicologues que le contact ponctuel.
Que faire des traverses déjà installées, et par quoi les remplacer
Si des traverses créosotées bordent déjà un potager, il ne s’agit pas de les brûler pour s’en débarrasser vite. Elles sont nocives par contact et aussi par inhalation lorsqu’on brûle des bois traités avec ce produit. Leur évacuation relève de la gestion de déchets dangereux, ce qui signifie un passage obligé par la déchetterie, jamais par le feu de jardin ou la benne classique.
En attendant leur retrait, une précaution simple limite les risques. Il convient d’isoler ces traverses, de les protéger de la pluie par un film plastique et de les rendre inaccessibles, en particulier aux enfants et aux animaux domestiques. Une bâche et une distance de sécurité valent mieux qu’une exposition prolongée en attendant la collecte.
Pour reconstruire une bordure sans danger, les options ne manquent pas. Le bois dur non traité comme le chêne, le cèdre, le douglas ou le robinier convient parfaitement aux bacs de légumes, tandis que le bois autoclave classe 4, les traverses paysagères modernes, la pierre ou la brique fonctionnent bien pour les zones structurelles. Le bois non créosoté peut être en contact direct avec le sol cultivé sans risque de migration de polluants vers les légumes, ce qui change tout pour qui cultive des carottes ou des betteraves juste à côté.
Le robinier, aussi appelé faux acacia, mérite une attention particulière au potager. Il pousse en abondance dans les haies françaises et résiste naturellement à l’humidité sans aucun traitement chimique, contrairement au pin qui nécessite souvent un passage en autoclave pour tenir plus de cinq ans en contact avec la terre.
Sources : france-jardinage.fr | anses.fr | assemblee-nationale.fr