Un paillage laissé en place tout l’hiver protège le sol du gel, c’est vrai. Mais il héberge aussi, sans qu’on s’en aperçoive, toute une population de limaces et de rongeurs qui n’attendent que le redoux pour passer à table. Un paillis constitue un abri très appréciable pour toute une petite faune du jardin, une bonne nouvelle pour la vie du sol, mais beaucoup moins lorsqu’il sert aussi de refuge aux limaces ou aux rongeurs. Résultat : des semis vidés en une seule nuit, dès les premières douceurs de mars.
- Le paillage hivernal offre un abri et un microclimat parfait aux limaces et rongeurs.
- Les dégâts surviennent en une nuit car ces nuisibles sont nocturnes et se régalent de jeunes plants tendres.
- Retirer le paillage quinze jours à trois semaines avant les semis précoces élimine la plupart des parasites.
- Une bande de terre nue autour des jeunes plants casse le lien entre le refuge et le repas des nuisibles.
Le paillis, un hôtel cinq étoiles pour la petite faune du potager
Une couche de paille, de feuilles mortes ou de tontes séchées crée un microclimat quasi parfait pour les indésirables. Il y fait humide, sombre, à l’abri des prédateurs comme les oiseaux ou les carabes. Le seul problème que je rencontre avec le paillage en permanence, c’est que les mulots et les campagnols s’y installent confortablement et c’est ainsi que je ne récolte plus aucun légume racine, ils me mangent tout. Un jardinier a même perdu la quasi-totalité d’une récolte de pommes de terre à cause de ces locataires clandestins.
Les limaces, elles, profitent du même confort. C’est particulièrement vrai au printemps, quand les jeunes plants sont encore tendres et que l’humidité favorise les attaques, et ce sont souvent les premières salades et les jeunes choux qui paient l’addition si le paillage est posé trop tôt sur des planches exposées. Sous cette couverture, elles trouvent de quoi se loger, se reproduire et attendre. Dès que le sol se réchauffe, elles n’ont plus qu’à sortir de leur cachette et se servir.
Pourquoi les dégâts frappent d’un coup, sans prévenir
Ce n’est pas un hasard si tout se joue en une nuit. Limaces et rongeurs sont des animaux nocturnes.
Ils passent la journée cachés sous le paillis, à l’abri de la lumière et des prédateurs, puis sortent chasser une fois le jardin endormi. Un semis fraîchement levé, gorgé d’eau et tendre à souhait, représente pour eux un festin sans effort. En une poignée d’heures, une rangée entière de jeunes plants peut disparaître, laissant le jardinier perplexe au petit matin. Les bulletins de surveillance du végétal publiés par les services agricoles régionaux confirment ce phénomène à grande échelle sur les cultures : le risque est fort si des limaces sont piégées ou observées et si les conditions climatiques étaient favorables à leur activité avant le semis.
L’hiver doux n’arrange rien. Moins de gel, c’est plus de survivants au printemps.
Retirer le paillage au bon moment, sans tout sacrifier
La solution ne consiste pas à bannir le paillage, mais à savoir quand le lever. Au printemps, il est possible d’enlever le paillage momentanément afin de laisser le sol se réchauffer et éviter de favoriser les limaces affamées qui sortiront de leur cachette d’hiver ou de leurs œufs aux premières douceurs. Une fiche technique de la Draaf Auvergne-Rhône-Alpes va dans le même sens : au printemps, il faut retirer le paillage, le sol se réchauffe et cela évite la prolifération des parasites. Comptez une terre sèche et suffisamment réchauffée, autour de 10°C, en laissant la terre à nu quinze jours à trois semaines avant le semis. Ce délai suffit à déloger une bonne partie des locataires indésirables avant que les jeunes pousses n’apparaissent.
Sur les cultures les plus précoces et les plus sensibles, mieux vaut carrément faire l’impasse temporaire. Retirer le paillage sur certaines cultures précoces crée un environnement plus hostile aux gastéropodes, et permet aussi au sol de se réchauffer plus rapidement au printemps. Semis de carottes, radis, salades ou petits pois gagnent à démarrer sur une terre nue, quitte à remettre une fine couche de paillis une fois les plantules bien installées.
Quelques astuces simples limitent la casse sans renoncer aux bénéfices du paillage ailleurs au jardin. Mélanger au paillage des matières coupantes et irritantes comme des coquilles broyées d’œufs ou d’huîtres, de la paille fine de lin ou des aiguilles d’épicéa décourage les gastéropodes les plus tenaces. Poser une planche ou une tuile à proximité des zones attaquées crée un piège à limaces facile à contrôler chaque matin. Et pour qui a la chance d’avoir des poules, leur passage régulier dans les massifs paillés fait des merveilles : elles mettent le bazar dans le paillage, ce qui se traduit par sensiblement moins de dégâts en pleine saison et bien moins d’invasion au printemps suivant.
Le geste le plus efficace reste finalement le plus simple : ne jamais semer directement dans un paillis épais et humide. Une bande de terre nue autour des jeunes plants, large d’une vingtaine de centimètres, suffit souvent à casser le pont entre le refuge des nuisibles et le repas qu’ils convoitent. Le paillage retrouve ensuite toute sa place, une fois les plants suffisamment robustes pour encaisser quelques morsures sans en mourir.
Sources : potagerdurable.com | saveur-sauvage.fr