J’ai étalé le fumier de cheval du centre équestre voisin sur mon potager en novembre, comme chaque année : au printemps, j’ai compris pourquoi les feuilles de mes tomates s’enroulaient en tire-bouchon

Le coupable n’est ni un virus ni un coup de froid. Les feuilles en tire-bouchon sur les tomates pointent très probablement vers un herbicide hormonal, l’aminopyralide. Utilisée dans certaines prairies pour contrôler les chardons, cette molécule traverse le tube digestif du cheval sans être dégradée. Un fumier de centre équestre étalé en novembre peut donc encore porter sa charge au printemps.

Une concentration d’une partie par milliard suffit à abîmer les cultures sensibles.

À retenir
  • L’aminopyralide, herbicide hormonal, traverse intacts le tube digestif du cheval et persiste dans le fumier plusieurs mois.
  • Une concentration d’une partie par milliard suffit à déformer les tomates, haricots, pois et pommes de terre.
  • Testez le fumier en trois semaines avec des haricots ou pois avant d’épandre sur vos cultures sensibles.
  • Si la contamination est confirmée, cultivez du maïs ou d’autres graminées en attendant que le sol s’assainisse.

Un désherbant qui survit au cheval

L’aminopyralide cible les plantes à feuilles larges. Il imite l’auxine, une hormone de croissance, et la plante absorbe le produit jusqu’à une croissance anarchique qui l’épuise. Les graminées le tolèrent parce qu’elles le métabolisent rapidement. L’herbe de la prairie, le cheval et le pâturage n’en souffrent donc pas. L’effet résiduel du produit reste actif plusieurs mois dans le fumier des animaux qui ont consommé le fourrage.

Le cheval n’y est pour rien: c’est l’herbe, ou la paille de litière, qui apporte la molécule. Quant au seuil, une partie par milliard équivaut à un gramme dilué dans mille tonnes de matière.

L’affaire n’est pas neuve. Les premiers cas de fumier contaminé ont surgi au Royaume-Uni en juin et juillet 2008, et le fabricant a suspendu ventes et usage fin juillet. L’autorisation a été rétablie le 6 octobre 2009, avec un programme de vigilance destiné à empêcher les mouvements de fumier hors des fermes. En juin 2010 pourtant, des jardins ouvriers d’Édimbourg ont subi des dégâts, dont l’enquête a remonté la piste jusqu’à une ferme qui fournissait du foin aux écuries d’origine du fumier.

La signature sur les tomates

Les feuilles se creusent en cuillère, les tiges se tordent, les fruits ne nouent pas et les points de croissance se déforment. Les espèces les plus sensibles sont les haricots et les pois, les pommes de terre, les tomates, la laitue, les épinards et les dahlias. À l’inverse, le maïs doux, parent des graminées, n’est pas touché par l’herbicide. Cette différence donne une piste de diagnostic: si pois, haricots, tomates et pommes de terre vont bien, l’herbicide n’est probablement pas la cause.

Excès d’eau, froid, virus ou erreur de traitement donnent des symptômes proches.

Reste le réflexe de novembre, qui passe pour une bonne pratique: l’hiver décompose, la terre se prépare. Le compostage ne règle pourtant pas le problème. L’aminopyralide résiste à la digestion animale et au compostage classique. Certaines sources évoquent jusqu’à trois ans de dégradation dans le sol.

Tester avant d’épandre, et que faire si c’est trop tard

Le test se fait en pots, avec les graines du potager. On mélange deux parts de fumier ou de compost pour une part de terreau, on prépare des pots témoins avec un terreau sain, puis on sème haricots ou pois. Au bout de deux à trois semaines, des pousses déformées trahissent une contamination. Lors d’un essai de l’université d’État du Montana, l’enroulement des feuilles apparaissait déjà à 5 parties par milliard. Un maraîcher britannique cité par une praticienne de la Permaculture préfère le trèfle, qui révélerait jusqu’à une partie par milliard.

Ce test coûte un pot, un sachet de graines et trois semaines.

Si le fumier est déjà sur les planches, mieux vaut ne pas y replanter de solanacées ni de légumineuses dans l’immédiat. Le maïs doux ou d’autres graminées peuvent occuper le terrain le temps que le sol s’assainisse, et les plants atteints n’ont rien à faire dans le compost.

Une conversation avec le centre équestre aide aussi. D’où vient le foin, d’où vient la paille, les prairies ont-elles reçu un traitement contre les chardons ? Si le gérant l’ignore, mieux vaut attendre le résultat du test avant de charger la remorque.

Le fumier du voisin n’est pas la seule porte d’entrée. Des jardiniers norvégiens et suédois ont vu leurs tomates et concombres s’enrouler après usage d’engrais organiques, où des analyses ont trouvé 992 µg de clopyralide par kilo dans un engrais liquide autorisé en agriculture biologique. Or le clopyralide peut freiner la croissance dès 1 µg par kilo de sol.

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