Poireau : teigne ou mouche mineuse, les remèdes qui marchent

Des galeries fines et sinueuses, des piqûres blanches alignées, puis des asticots ou des pupes brunes coincés entre les gaines : c’est la mouche mineuse, qui frappe surtout au printemps et à l’automne. De petites chenilles vert-jaune qui rongent le cœur, des feuilles percées de trous irréguliers : c’est la teigne. Les deux ravageurs s’attaquent au même légume, mais ils ne se combattent pas de la même façon.

Le remède le plus fiable est préventif dans les deux cas : un voile anti-insectes à maille fine, posé avant les périodes de vol et bien fermé. Contre la teigne, le Bacillus thuringiensis (Bt) complète le dispositif tant que les chenilles sont jeunes. Une fois les larves de mouche logées dans la feuille, aucun traitement curatif ne les atteint : on coupe, on détruit, on recommence plus tôt l’année suivante.

Distinguer la teigne de la mouche mineuse à l’œil nu

La teigne du poireau (Acrolepiopsis assectella) est un petit papillon brun, une dizaine de millimètres de long, qui passe l’hiver à l’abri d’un tas de bois ou d’un mur. Au printemps, la femelle pond sur les feuilles. La chenille, vert-jaune puis brunâtre, atteint environ 1 cm, se faufile dans les feuilles et descend vers le cœur. Elle laisse derrière elle des crottes noires et des galeries irrégulières. Elle se nymphose dans un cocon de soie lâche, translucide, accroché à une feuille : la chrysalide est visible, ce qui la trahit.

La mouche mineuse (Phytomyza gymnostoma) est une mouche grise d’à peine 3 mm, arrivée en France au début des années 2000 et installée partout depuis. Les femelles piquent les feuilles pour s’en nourrir et y pondre : on voit des rangées de petits points blancs. L’asticot creuse alors une mine fine et sinueuse, descend vers le fût et se transforme en pupe, une sorte de grain de riz brun de 3 à 4 mm, coincé entre les gaines à la base. Les chenilles de teigne se voient au grand jour ; la mouche, elle, travaille cachée.

Critère Teigne Mouche mineuse
Aspect des dégâts Trous irréguliers, galeries larges, crottes noires Piqûres blanches alignées, mines fines et sinueuses
Stade responsable Chenille vert-jaune Asticot blanc, puis pupe brune
Période De mai à octobre, 2 à 3 générations Vols au printemps et à l’automne
Partie touchée Feuilles et cœur Feuilles, puis base des gaines et fût
Remède prioritaire Voile, Bt sur jeunes chenilles Voile posé avant les vols, retrait des feuilles

Trois questions suffisent pour trancher sur le terrain :

  • Que vois-je ? Une chenille ou ses crottes : teigne. Des points blancs et des mines filiformes : mouche mineuse.
  • À quelle saison ? Des dégâts en juillet-août pointent vers la teigne. Des mines à partir de septembre, ou sur de jeunes plants en avril-mai, vers la mouche.
  • Où sont les larves ? À l’air libre ou dans un cocon sur la feuille : teigne, donc Bt et voile. Dans l’épaisseur de la feuille ou en pupe au pied : mouche, donc voile l’an prochain et nettoyage maintenant.

Quelques confusions reviennent sans cesse. Le « ver du poireau » désigne en pratique la chenille de teigne, mais le terme sert aussi à tort pour les asticots de la mouche mineuse ; la page sur le bicarbonate de soude est-il efficace contre le ver du poireau ? détaille ce flou de vocabulaire. La rouille, elle, forme des pustules orange en relief, sans galerie. Les thrips laissent des plages argentées, sèches, surtout par temps chaud.

Calendrier d’attaque : quand surveiller selon le ravageur

La mouche mineuse suit deux vols par an. Le premier a lieu au printemps, en général d’avril à mai, et touche les poireaux de pleine terre laissés de la saison précédente ainsi que les oignons et ciboulettes. Le second tombe à l’automne, souvent de septembre à octobre. C’est lui qui fait le plus de dégâts visibles, car les poireaux d’hiver sont alors en pleine croissance et les mines descendent vers le fût. Les dates exactes bougent d’une région à l’autre : plus précoces dans l’Ouest et le Sud, plus tardives en altitude ou dans le Nord-Est. Les bulletins de santé du végétal (BSV) des Chambres d’agriculture donnent les repères locaux, et un coup d’œil dessus vaut mieux qu’une date gravée dans le marbre.

La teigne fonctionne autrement. Elle enchaîne deux à trois générations par an dans la majeure partie du pays, parfois davantage dans le Sud. Les papillons sortent de leur abri au printemps, les premières chenilles apparaissent à partir de mai, puis les générations se chevauchent jusqu’en octobre.

Pour un poireau repiqué en juin ou juillet (voir quand et comment repiquer : date selon la région, profondeur et calibre du plant), les deux périodes critiques sont donc l’été pour la teigne et l’automne pour la mouche. Une planche non protégée fait face aux deux, l’une après l’autre.

Les remèdes qui fonctionnent, ravageur par ravageur

Contre la mouche mineuse : barrière physique et ménage

Le voile anti-insectes reste la seule parade vraiment démontrée. Choisissez un maillage de 0,8 mm ou moins, car la mouche est minuscule et passe à travers un filet classique. Posez-le avant le début du vol, soit en avril pour la période printanière et début septembre pour l’automne, et laissez-le jusqu’à la fin du vol. Les bords doivent être enterrés ou plaqués par des planches, sans la moindre fente. Soulevez un coin toutes les deux semaines pour inspecter les feuilles : un voile mal fermé, ou posé sur une planche où des pupes dorment déjà dans le sol, enferme le ravageur avec sa nourriture.

Jouer sur les dates aide un peu : un plant trop jeune à l’automne offre peu de feuillage à piquer, mais ce levier reste partiel et ne remplace pas le voile. Sur le terrain, retirez dès que vous les voyez les feuilles minées et inspectez les gaines à la base pour écraser les pupes. Elles hivernent dans le fût ou dans le sol, d’où l’importance de ne pas les laisser en place.

Les pulvérisations ne servent à rien contre l’asticot déjà installé : il est protégé par l’épiderme de la feuille. Le Bt, en particulier, ne fonctionne pas contre la mouche mineuse, puisqu’il agit sur les chenilles de papillons qui avalent le produit, pas sur les larves de diptères cachées dans le tissu.

Contre la teigne : voile, Bt et surveillance

Le même voile à maille fine bloque aussi les papillons, à condition d’être posé avant les premières pontes, donc dès mai. Le Bt (Bacillus thuringiensis sous-espèce kurstaki) complète le dispositif. Des préparations portant la mention « emploi autorisé dans les jardins » (EAJ) existent ; vérifiez-la sur l’étiquette, car la liste évolue, et consultez la base e-phy de l’ANSES en cas de doute. Traitez le soir, sur feuillage sec, dès que les jeunes chenilles sont actives, et renouvelez après 7 à 10 jours ou après une pluie. Le feuillage cireux du poireau retient mal les gouttes : vérifiez que le produit adhère bien. Une chenille déjà enfoncée dans le cœur échappe en partie au traitement.

Pour savoir quand agir, un piège à phéromones suspendu au-dessus de la planche signale l’arrivée des papillons. Il sert à surveiller, pas à éradiquer. En fin de saison, enlevez les résidus de culture et les feuilles de poireau, d’oignon ou d’ail laissés au sol, car des chrysalides ou des adultes s’y abritent.

Côté recettes de grand-mère, le tri est vite fait. Les purins (ortie, tanaisie), les cendres et le bicarbonate n’ont pas d’efficacité démontrée sur ces deux ravageurs. Au mieux ils ne coûtent rien, au pire ils donnent un faux sentiment de sécurité qui fait rater la fenêtre du voile. Les associations avec la carotte ou le céleri sont souvent citées, mais leur effet repoussant est inégal et ne protège pas une planche entière : détails dans quoi planter à côté et comment organiser la planche.

Poireaux déjà attaqués : récolter, jeter, prévenir

Un poireau miné ou grignoté reste comestible. Ni la chenille ni l’asticot ne produisent de toxine. Il suffit de couper les feuilles percées ou minées, de fendre le fût pour vérifier l’intérieur, de retirer les gaines abîmées et de bien laver. Si le cœur est noirci, mou ou malodorant, le poireau pourrit : jetez-le, le goût ne se rattrape pas. Les gaines tachées de pupes ou de crottes peuvent aussi partir à la poubelle sans scrupule, il en reste souvent assez de propre au centre.

Le sort des déchets compte. Ne mettez pas au compost les feuilles contenant des pupes ou des cocons : un tas domestique monte rarement assez en température pour les détruire et vous réinfectez le potager au printemps. Mettez-les en sac fermé pour les ordures ménagères ou la déchetterie, le brûlage des déchets verts étant interdit pour les particuliers. Arrachez entiers les poireaux très atteints, en retirant la terre des racines.

Pour que les ravageurs ne reviennent pas, la rotation reste le meilleur allié : pas de poireau, d’oignon, d’ail, d’échalote ou de ciboulette au même endroit avant 3 à 4 ans. Cela réduit le stock de pupes dans le sol. Ces alliacées rejoignent la même liste des cultures hivernales décevantes que détaille poireaux, choux de Bruxelles et mâche : pourquoi mes légumes d’hiver ne donnent rien.

La check-list de fin de saison tient en cinq gestes :

  • arracher tous les poireaux et alliacées restants, même minces ;
  • jeter feuilles et gaines suspectes hors du compost ;
  • passer un coup de grelinette ou de griffe pour exposer les pupes aux oiseaux ;
  • noter sur le calendrier la date de pose du voile suivant (avril et début septembre) ;
  • décaler la prochaine plantation d’alliacées sur une autre planche.

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