Un collet épais, c’est un bulbe qui n’a pas fini de mûrir, et c’est lui qui lâche en premier en cave. Le champignon en cause, Botrytis allii, s’installe par ce col encore humide avant de descendre entre les écailles. Mais l’idée que ce bulbe contaminerait tout le filet mérite d’être nuancée.
Le filet unique aggrave pourtant les choses, et pas pour la raison qu’on croit.
- Un collet épais signale un oignon immature où le champignon Botrytis allii s’installe facilement
- Un bulbe infecté ne contamine pas les bulbes sains en cave, mais l’humidité du filet prolonge la pourriture
- Le séchage actif après récolte cicatrise les collets et freine la pénétration du champignon
- Un stockage à 5 °C avec moins de 70 % d’humidité et une ventilation régulière prévient la maladie
Ce que raconte un collet resté épais
À maturité, le collet, cette zone juste au-dessus du bulbe, s’assouplit et les feuilles se couchent d’elles-mêmes. Un collet encore épais et mou signale donc un oignon qui n’a pas terminé de rentrer ses réserves. Or le champignon pénètre à l’automne par le feuillage en sénescence ou par des blessures. Quelques semaines plus tard, la partie haute du bulbe ramollit et brunit, et un réseau gris apparaît entre les écailles, suivi de petits sclérotes noirs.
Le piège, c’est le délai. Les bulbes infectés sont plus légers, leurs tuniques deviennent molles et translucides, puis le bulbe se momifie. Les symptômes peuvent n’apparaître que quelques mois après l’installation de la maladie.
La météo de la cave compte autant que le bulbe. Botrytis allii prospère entre 20 et 25 °C avec une forte humidité, et son développement est freiné au-delà de 25 °C comme en dessous de 5 °C. Un local tiède en octobre, avec des oignons pas tout à fait secs, réunit donc les conditions qu’il aime.
Un seul bulbe, vraiment ?
Voici le point que les jardiniers ignorent souvent : selon le réseau québécois Iriis, un bulbe infecté en entrepôt ne peut pas contaminer des bulbes sains. Le botrytis ne se développe que sur des tissus sénescents ou morts, jamais sur du vivant. Quand plusieurs oignons pourrissent en même temps, l’infection date donc plutôt du champ. Elle vient de spores portées par le vent, de semences contaminées ou d’un sol qui garde la maladie de 2 à 5 ans.
Le filet, lui, entretient l’humidité.
Un bulbe qui suinte mouille ses voisins, et un filet serré garde cette humidité au contact. Ce n’est pas anodin, car la pourriture du collet se confond avec les pourritures molles bactériennes, que l’absence de sporulation grise permet de distinguer.
Le diagnostic mérite donc d’être vérifié. Dans son bulletin de santé du végétal de 2021, la DRAAF des Hauts-de-France signalait que la fusariose avait été observée dans tous les stockages visités en 2020, alors que Botrytis allii n’avait pas été vu.
Trier avant de mettre en cave
La récolte commence quand les deux tiers du feuillage sont jaunis et couchés. Les oignons sèchent ensuite à l’abri de la pluie, dans un endroit ventilé comme un auvent ou un garage, jusqu’à ce que les racines cassent sous les doigts. Ce séchage actif cicatrise les collets, ce qui freine la pénétration du champignon.
Le nettoyage final se fait à la main, en frottant les bulbes pour ôter la terre. Ne les frappez jamais l’un contre l’autre : les chocs créent des meurtrissures internes invisibles qui finissent par pourrir. Coupez les racines à 1 cm de la base et le feuillage à 2 ou 3 cm au-dessus du collet, sauf si vous préparez des tresses. Écartez sans hésiter tout bulbe dont le collet reste épais et mou.
Côté stockage, les références techniques visent environ 5 °C pour l’oignon jaune, avec une humidité relative inférieure à 70 % et une ventilation régulière. Un cageot ajouré ou une tresse laisse mieux circuler l’air qu’un filet dense.
Les bulbes à collet épais passent en cuisine en premier.
Reste le sol : Botrytis hiverne sur les déchets d’oignons, donc les restes de la saison doivent quitter la parcelle. Iriis recommande une rotation de plus de 2 ans avec des cultures non hôtes comme le maïs, la carotte ou la betterave. Le même organisme conseille d’éliminer les bulbes blessés ou à col épais avant qu’ils n’entrent en stock.
Sources : draaf.hauts-de-france.agriculture.gouv.fr | agri-mag.com | cropscience.bayer.be