Vos poireaux semblent parfaits en surface, mais une fois fendus, ils révèlent des galeries brunâtres et parfois une larve verdâtre nichée au cœur du fût. Le coupable n’est pas un retardataire isolé : les larves de la deuxième génération de la teigne du poireau font le plus de dégâts, et une troisième vague peut même sévir jusqu’en septembre. Non, la saison des ravageurs n’est pas terminée. Elle vient peut-être même de connaître son pic le plus destructeur.
À retenir
- Deux générations, parfois trois : le cycle des ravageurs du poireau s’étend bien au-delà du printemps
- Teigne ou mineuse ? Les galeries ne se creusent pas de la même manière, et cela change tout
- Le moment critique pour intervenir approche à grands pas — mais il existe encore des solutions
Un ravageur qui ne prend jamais vraiment sa retraite
La teigne du poireau, Acrolepiopsis assectella pour les intimes, n’est pas un problème de printemps qu’on règle une fois pour toutes. Cette espèce présente 2 à 3 générations par an selon les régions, la première apparaissant de mi-avril à début juin, la deuxième de mi-juin à fin août, et la troisième début septembre. Dans le sud de la France, où les températures restent clémentes plus longtemps, 4 à 5 générations peuvent même se chevaucher.
Ce qui frappe, c’est la rapidité du cycle : la durée de vie de l’œuf à l’adulte dure seulement 1 à 2 mois selon les températures. une génération peut littéralement en engendrer une autre avant que vous n’ayez eu le temps de remarquer les premiers symptômes sur vos plants d’été.
Le papillon adulte, discret et nocturne, cache bien son jeu. Il s’agit d’un petit papillon nocturne d’environ 15 mm d’envergure, qu’on voit peu car il vit la nuit et reste caché le jour. C’est justement cette discrétion qui explique la surprise de nombreux jardiniers : le ravageur agit sans se montrer, et seuls ses dégâts trahissent sa présence. Invisible au début, la teigne s’installe discrètement, puis détruit les plants de l’intérieur. L’insecte hiverne ensuite à l’abri : les larves se nourrissent des feuilles de diverses plantes du genre Allium, et les adultes passent l’hiver dissimulés dans les débris végétaux. Autant dire qu’un potager mal nettoyé en automne offre gîte et couvert à la prochaine génération.
Deux coupables possibles, deux façons de creuser
Attention à ne pas tout mettre sur le dos de la teigne : un autre ravageur, la mouche mineuse du poireau, sévit selon un calendrier différent mais tout aussi sournois. Cet organisme présente deux générations par année, actif au printemps et à l’automne, avec une période d’inactivité durant l’été, et hiverne sous forme de pupe à l’intérieur des tissus végétaux. C’est d’ailleurs cette mineuse qui frappe le plus tard en saison : les larves présentes en septembre-octobre causent les dégâts les plus importants.
Comment distinguer les deux ? La différence se joue à l’œil nu, sur la forme des galeries. La teigne est un papillon dont les chenilles rongent et perforent, tandis que la mineuse est une mouche dont les larves creusent des galeries typiques, accompagnées de piqûres de nutrition et de pupes. Autre indice utile : les larves de teigne créent des galeries visibles sur les feuilles, alors que celles de la mouche mineuse descendent directement vers la base du fût. Dans les deux cas, le résultat est le même à la récolte : un poireau vidé de l’intérieur, parfois encore présentable en apparence, mais rongé au cœur.
Que faire si vos poireaux sont déjà touchés
Pas de panique : un poireau attaqué n’est pas forcément un poireau perdu. On peut consommer un poireau attaqué après avoir retiré les parties abîmées et vérifié l’absence de pourriture, mais si le fût est fortement rongé et humide, mieux vaut écarter le plant. Pour les cas les plus sévères, une technique radicale mais étonnamment efficace consiste à sacrifier le feuillage : il convient de couper les fûts à 1 cm au-dessus du sol, une technique qui permet parfois de sauver la plante qui peut repartir de la base, à condition de poser immédiatement un voile anti-insectes.
Sur les attaques en cours, mieux vaut intervenir tôt, avant que les chenilles ne s’enfoncent trop profondément. Il faut agir dès l’apparition des chenilles, afin de traiter lorsqu’elles sont encore au stade “baladeur”, sur les feuilles, avant qu’elles ne pénètrent au cœur de la plante. C’est aussi là que le Bacillus thuringiensis montre son intérêt : ce bio-insecticide naturel est efficace contre les larves de teigne, cette bactérie toxique uniquement pour les chenilles s’appliquant par pulvérisation sur le feuillage avant que les larves ne pénètrent à l’intérieur des plants. Une fois la larve planquée au cœur du fût, aucun traitement de surface ne l’atteindra plus.
Casser le cycle pour l’année suivante
Le vrai travail commence maintenant, pas au printemps prochain. Dès septembre, une fois les poireaux d’été récoltés, il faut nettoyer soigneusement les planches de tous les débris végétaux qui s’y trouvent, afin de ne pas laisser en place d’éventuelles chrysalides ou adultes hivernants. Ce geste simple, souvent négligé, prive le ravageur de son abri hivernal et réduit mécaniquement la pression de l’année suivante.
La rotation des cultures reste l’arme la plus sous-estimée. Ne plantez pas de poireaux, ni d’autres alliacées, là où vous en avez déjà cultivé l’année ou la saison précédente ; vous pouvez même sauter une année pour vous débarrasser complètement de ces teignes. Pour le printemps prochain, le voile anti-insectes reste la protection la plus fiable dès la reprise des vols : un voile anti-insecte posé dès le début du mois de mai constitue une bonne protection, à condition de bien le fixer au sol. Enfin, l’astuce du potager en permaculture fonctionne aussi contre ce ravageur : intercaler des plants de céleris ou de carottes entre les alliums contribue à repousser les papillons de teigne du poireau, en perturbant leur repérage olfactif.
Un détail mérite d’être gardé en tête pour l’an prochain : les cultures de poireaux précoces sont généralement moins touchées par la teigne que les poireaux d’automne et d’hiver, ces derniers étant justement en pleine croissance au moment des générations les plus virulentes. Décaler ses semis ou choisir des variétés plus précoces peut donc, à lui seul, réduire sensiblement les dégâts sans traitement supplémentaire.
Sources : limoiland.com | jardinage.pagesjaunes.fr